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Publié le 29 Oct, 2011 dans Santé

France : opérateur de téléphonie mobile cherche population cobaye

(Source : Bastamag)

Le plateau de Saclay, en région parisienne, pourrait accueillir prochainement un projet d’expérimentation de la 4G, quatrième génération de la téléphonie mobile. Une nouvelle technologie pour aller encore plus vite. Nouvelles antennes-relais, ondes électromagnétiques beaucoup plus puissantes, absence d’information aux riverains… Les habitants du secteur vont-ils devenir à leur insu les cobayes d’une nouvelle expérience technologique ?

C’est par hasard que les riverains du plateau de Saclay, en région parisienne, ont découvert le « projet Neptune ». Neptune ? Une expérimentation de la « 4G », quatrième génération de téléphonie mobile [1], qui exige l’installation d’au moins neuf nouvelles antennes-relais sur les bâtiments universitaires du campus de HEC, Polytechnique et de la faculté d’Orsay, afin d’émettre et de tester des ondes électromagnétiques d’une nouvelle génération. Le LTE (Long Term Evolution) – 4G, qui permet l’accès à l’Internet haut débit sans fil. Aucune réunion publique n’avait été convoquée. Début programmé : septembre 2011.

De quoi télécharger un film de 700 mégaoctets en une minute, indique Méhand Guiddir, le responsable du groupe Altran, chargé de la promotion du projet [2]. Autre application : le Live Broadcasting, qui permet aux personnes « d’utiliser leurs terminaux mobiles pour filmer et partager instantanément le contenu avec d’autres personnes en le téléchargeant sur Internet ou en l’envoyant à une chaîne de télévision »… Enjeu du projet ? Rendre possible le concept « Always on » (toujours connecté), c’est-à-dire accéder à partir des téléphones « au même contenu et aux mêmes applications que ceux offerts par Internet aujourd’hui ». Les entreprises Alcatel Lucent, Orange et TDF sont partenaires de cette expérimentation.

 

Aucune étude sur l’effet des ondes 4G sur la santé

Coût de l’expérimentation française : 4,6 millions d’euros, assurés pour moitié par la Région Île-de-France, le conseil général d’Essonne et le ministère de l’Industrie [3]. Le reste est pris en charge par les entreprises et opérateurs impliqués. Pour tester cette technologie, 200 « béta-testeurs » se verront remettre un téléphone portable compatible. Ils testeront la technologie LTE-4G, mais pas les possibles effets sur la santé de ces nouvelles ondes électromagnétiques…

Car l’aspect sanitaire de l’expérimentation n’est pas abordé dans les premières présentations du projet Neptune. Quel est l’effet de telles ondes sur la santé pour les personnes exposées tout au long de la journée ? « Il n’y a que des gens qui travaillent ici, pas de personnes qui y vivent, m’a affirmé l’élu de Palaiseau en charge de ce domaine », se souvient Michel Rouyer, adjoint au maire de Palaiseau chargé de l’aménagement durable, de l’environnement et de l’hygiène publique. Or, des étudiants vivent sur le campus, et les villes d’Orsay et de Palaiseau sont situées à deux pas. Des stations émettrices d’ondes 4G LTE seraient installées sur les communes de Gif, Palaiseau, Bures, Orsay, Saint-Aubin et Jouy-en-Josas.

 

Contestation sur les chiffres annoncés

« La 4G, on ne sait pas ce que c’est », indique Pierre Le Ruz, président du Criirem, le Centre de recherches et d’informations indépendantes sur les rayonnements électromagnétiques. Ce professeur rennais travaille depuis de nombreuses années sur les ondes électromagnétiques. « Pour ce projet, il faut demander aux opérateurs la fiche technique des antennes, assène-t-il. Il faut connaître la fréquence, la puissance et le gain des ondes. » À partir de ces données, on peut calculer l’exposition des personnes aux ondes électromagnétiques, en fonction de leur distance avec l’antenne.

Mais impossible d’obtenir ces informations ! Lors de l’évocation succincte du projet au conseil communautaire de Palaiseau [4], le 4 septembre 2009, un schéma est présenté :

« À 100 mètres de l’antenne, on n’est plus qu’à 0,6V/m, soit le seuil demandé par les associations de défense contre les ondes électromagnétiques », assure-t-on alors. Des calculs contredits par Pierre Le Ruz : « Avec 61V/m à la sortie de l’antenne, comme indiqué sur le schéma, nous sommes à 1,92 V/m à 100 mètres, explique-t-il. Et il faut être à 320 mètres de l’antenne pour arriver à 0,6V/m. » Loin des chiffres avancés par la société. Et surtout loin des normes aujourd’hui conseillées.

 

Du phare à la marguerite

Autre problème : la forme d’émission des ondes. Sur le schéma, c’est l’image d’un phare qui est retenu. « Pour représenter les émissions d’une antenne-relais, il faut reprendre l’image de la marguerite, où les ondes sont émises tout autour de la source d’émission », décrit Pierre Le Ruz. « Ce qui fait qu’en dessous, ça crache ! » D’après le compte rendu de cette réunion, « les seuls effets démontrés pour les ondes électromagnétiques sont des effets thermiques [donc une hausse de la température autour de l’antenne] », assure Joe Wiart, le responsable du laboratoire commun de l’Institut Telecom et d’Orange Labs, lors de cette présentation !

En 2009, les nouvelles sont donc rassurantes : les élus n’ont pas à s’inquiéter. D’ailleurs, ils oublient le projet. Qui ressort finalement avec une nouvelle présentation de Neptune, à l’école Supélec, en juin dernier. Michel Rouyer souhaite y assister. Il n’obtient pas d’invitation. Alarmé par l’absence d’informations, l’élu Europe Écologie-Les Verts parvient à mobiliser des citoyens, autour de plusieurs réunions publiques. « Il est révoltant qu’on puisse faire une expérimentation, sur un territoire, sans rien dire à personne », s’indigne-t-il.

 

Feu vert pour l’expérimentation

Début septembre, pour répondre aux interrogations des élus, les promoteurs du projet, et en particulier l’entreprise Altran, sont invités à le présenter au conseil communautaire de l’agglomération du plateau de Saclay. Les mêmes arguments présentés en 2009 sont repris. Un dossier actualisé de présentation du projet Neptune est remis aux participants. Il comprend une nouvelle une carte d’émissions des ondes. « Ils nous ont dit qu’il n’y avait que trois antennes raconte Michel Rouyer. Pourtant, en regardant bien la carte, on en voit au moins cinq. Ils ont fini par préciser qu’il y aurait 3 antennes par site. À partir de là, on s’est dit qu’ils étaient capables de nous cacher d’autres choses… »

 

« Comment est-il possible que les ondes aillent aussi loin ?, s’interroge Michel Rouyer. À quelle puissance les antennes émettent-elles ? » Des riverains et des associations, ainsi que la députée EELV des Yvelines Anny Poursinoff, ont demandé des informations à la ministre de l’Écologie, Nathalie Kosciusko-Morizet, qui n’a pas répondu. Malgré ces incertitudes, les comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) de HEC et de Polytechnique auraient donné leur feu vert à l’expérimentation. D’après les déclarations d’Altran lors de la présentation au conseil communautaire, l’expérimentation a finalement été repoussée à janvier 2012, pour une durée d’un an et demi. Le plateau de Saclay, avec ses champs électromagnétiques pulsés de 4e génération, va-t-il être transformé en un vaste terrain d’expérimentation ?

 

Simon Gouin

 

Notes :

[1] Neptune, pour « Nouvelle plateforme pour les usages numériques expérimentaux »

[2] Un accès Internet très haut débit de 100 mégabits par seconde (Mbps) dans le sens descendant et 50 Mbps dans le sens montant, alors que la 3G se situe autour de 7 Mbps en réception, et 2 Mbps en émission

[3] Direction générale de la Compétitivité, de l’Industrie et des Services (DGCIS)

[4] Le projet Neptune concernait alors l’installation du WiMax, une Wifi superpuissante, sur le plateau de Saclay. Déjà, des élus s’inquiétaient des conséquences sanitaires de cette installation.

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