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Publié le 8 Avr, 2017 dans Presse libre

Le gros bon sens

NOTE :
Cet article est tiré de mon livre État du monde, état d’être et est ajouté ici car il représente une partie importante de ma démarche. Il a été ajusté afin de se conformer au site plutôt qu’au livre.

Bon sens (n.m.) : Capacité de bien juger, d’agir raisonnablement.

Dans l’ensemble des articles de ce site, le gros bon sens sera l’outil de prédilection afin de corriger les fausses conceptions de la réalité (tant intérieure qu’extérieure) ainsi que pour débusquer tous les sophismes, paralogismes et incohérences qui se trouveront sur le passage des divers propos abordés. Ce sera l’allié par excellence qui permettra de développer un discernement juste et objectif, validant ou invalidant les constructions mentales actuelles eu égard à la réalité, afin d’en dégager ce qui est au détriment de préconceptions illusoires et prêts-à-penser.

Par contre, gros bon sens est malheureusement trop souvent un concept vague et malléable (tel que dieu, bien, mal, démocratie, conscience, etc.) qui, pour tout un chacun, prend une signification particulière selon le contexte. C’est un de ces concepts-vase dans lequel s’y retrouve ce que bon nous semble au gré de nos humeurs, une sorte de formule mathématique à variables… variables. Aussi, est-il impératif, dès le départ, de le définir adéquatement afin d’éviter tout malentendu, mauvaise interprétation et élasticité de raisonnement non constructive.

Habituellement compris comme étant l’équivalent de l’expression sens commun, qui désigne « une forme de connaissance regroupant les savoirs socialement transmis et largement diffusées dans une culture donnée : normes, valeurs et symboliques »[1], le bon sens est régulièrement galvaudé et insidieusement déformé et adapté pour se conformer aux usages moraux prévalents. Ces distorsions ont pour effet d’en dénaturer la fonction fondamentale qui est de servir de mécanisme d’accès à la connaissance via un raisonnement sain, appuyé de faits et dégagé de tout à priori. Pour reprendre l’expression du sociologue Pierre Bourdieu, le sens commun n’est souvent qu’« évidences immédiates et souvent illusoires ».

Il est donc de mise, dans la définition attribuée sur ce site, que le gros bon sens exclut le sens commun ainsi défini, et ce, expressément pour ne pas tomber dans les pièges du « socialement acceptable » issus des valeurs et normes subjectives acquises au fil de l’apprentissage.

Là où le concept du gros bon sens prend toute sa valeur est uniquement lorsqu’il est formé à l’extérieur de tout consensus ou de tout statu quo. Non pas qu’il n’y ait pas de situation où le bon sens soit en adéquation avec le consensus général, mais il est question ici de ne pas se laisser influencer par ce dernier ni n’y baser quelques réflexions que ce soit puisque la nature même du bon sens doit être épurée de toute conviction personnelle afin que celui-ci revête un caractère universel dans son application.

L’utilisation adéquate du gros bon sens nécessitera donc l’abandon de toutes préconceptions habituelles.

Ainsi exprimé, le bon sens doit donc exclure tous les « oui, mais » trop permissifs, rejeter d’emblée toute utilisation de rhétoriques telles que « mais si c’était vrai, ça se saurait » et bannir tous les sophismes éhontés tels que « c’est l’exception qui confirme la règle ».

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Le gros bon sens, c’est un peu comme « penser avec un marteau »

Avec un marteau, pas de fioritures, pas de dentelles et surtout pas de détours.

L’intérêt, ici, est de planter solidement le clou de ce qui est à l’endroit où il se trouve et au moment même où il est trouvé afin que, clou après clou, puisse être bâtie une fondation solide sur laquelle peut s’appuyer une compréhension objective du monde.

Prenons un exemple simple, mais qui illustre à merveille la façon habituellement illogique et élastique de concevoir la réalité à la volée, sans trop y réfléchir. Considérons brièvement le « sophisme éhonté » mentionné ci-haut qui stipule que « c’est l’exception qui confirme la règle ». Nous l’avons tous appris ainsi dans nos cours de français à la petite école : que ce soit un participe passé tordu, un verbe irrégulier ou un caprice de prononciation, c’était tout bêtement l’exception qui confirmait la règle. C’était pratique, certes, mais totalement faux. C’est le type d’inepties que le bon sens a tôt fait de mettre à nu : s’il existe une exception, c’est que la règle n’est pas valide. Point final. En fait, une règle ne peut pas avoir d’exceptions, même une seule, car elle devient alors aussitôt un énoncé général qui décrit une majorité de cas similaires, sans plus. Simple question de sémantique? Pas tout à fait : la rigueur qu’exige tout type d’affirmations concernant la nature du fonctionnement de la réalité doit être instaurée et respectée dès le départ, sans quoi nous nous retrouvons aux prises avec des non-sens. Afin que le bon sens soit honoré, il se doit donc d’être clair et sans compromis : l’exception à une règle infirme cette dernière, elle ne la confirme pas – s’il y a exception, c’est qu’il n’y a pas de règle. C’est pourtant le gros bon sens

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Oser appeler un chat, un chat

Au-delà de ce qui peut sembler un simple jeu de logique, le bon sens doit impérativement être exprimé à l’aide de mots adéquats et justes. C’est là une des premières étapes indispensables afin de reconquérir une compréhension objective de la réalité. Une bonne communication (tant avec soi-même qu’avec les autres) étant primordiale, le choix des mots est d’une importance capitale. En effet, ceux-ci ne doivent pas être uniquement le reflet de préférences ou de penchants affectifs, ils doivent être justes, précis et sans teinte émotionnelle. Autrement dit, out le « politiquement correct », le socialement acceptable et l’euphémisation confortable, sans quoi le bon sens serait privé de facto de sa liberté d’expression : celle d’appeler un chat, un chat.

Trop souvent, l’exactitude des mots fait défaut car son implication ébranle le statu quo personnel et/ou périphérique. Il ne sera pas question, par exemple, de génocide, de massacre ou de barbarie, mais plutôt des termes issu du novlangue[2] contemporain que constitue l’expression la « guerre contre le terrorisme ». Peut-être parce que notre pays participe à cette inquisition moderne, parce qu’un membre de notre famille est un militaire ou encore travaille pour un quelconque média. Peu importe, ce type de falsification de la réalité doit être aboli sans aucune possibilité de retour, sans quoi toute quête de vérité est vouée à l’échec.

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Les faits doivent parler par eux-mêmes

Une des problématiques inhérentes à la majorité des approches conventionnelles pour décrire la réalité réside en ce que les faits qui, comme les mots, sont déformés par les valeurs personnelles et les prêts-à-penser chers aux médias. Identification oblige, nous avons une forte propension à constamment teinter tout discours de biais émotionnels issus de la socialisation. De réprimandes en récompenses, depuis le tout jeune âge nous avons acquis des mécanismes d’autodéfense basés sur le langage. De l’impératif « on ne dit pas ça » en passant par l’amical « fais attention à ce que tu dis » jusqu’au censeur « certaines vérités ne sont pas bonnes à dire », nous avons rapidement appris à jauger les paroles et à omettre certains faits des discours. Il en résulte au mieux une réalité édulcorée, au pire un mensonge. Pourtant, les faits, aussi ignobles puissent-ils paraître, demeurent des faits et ne devraient jamais, au grand jamais, être ignorés d’un discours, encore moins d’un questionnement, quel qu’il soit, car la réponse à toutes interrogations (existentielles ou autres) s’y trouve.

Prenons brièvement un exemple : omettre du discours officiel sur le 11 septembre que les deux bâtiments de 110 étages se sont effondrés sur eux-mêmes à la vitesse de la chute libre résulte au final en des explications concernant l’effondrement qui ne collent pas à la réalité. Pourtant, nous l’avons tous vu de nos yeux, mais avons ignoré ce fait. Et ignorer un fait peut avoir de graves conséquences telles que des guerres et des millions d’êtres humains tués. Rien que ça.

Les faits, crus, naturels et sans OGM, sont les frères d’armes du bon sens sans lesquels ce dernier ne peut subsister.

C’est donc constitué d’une logique irréprochable, basé sur des faits indéniables, affranchi de toute teinte émotionnelle et sans détour sémantique que doit être considéré le gros bon sens, car il est notre incorruptible j(a)uge de ce qui est.

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Pourquoi « gros » bon sens?

Bon sens ou gros bon sens? L’épithète gros habituellement accolée au terme bon sens en vaut la peine car une fois la réalité mise à nue, une fois les illusions normatives dégagées de notre champ de vision, la réalité est impressionnante. Elle s’impose soudainement à nous tel « l’éléphant dans le salon » et il est à se demander pourquoi nous ne l’avions pas vue ainsi auparavant. Bien qu’elle ait toujours été présente, fausses logiques, déformations émotionnelles et euphémisations obligent, elle a été minimisée afin de paraître lointaine, acceptable et, du coup, plus confortable. Lorsqu’elle est vue pour ce qu’elle est réellement, elle est tout sauf petite.

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– Webmestre État du Monde, État d’Être

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Notes :

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