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Publié le 2 Fév, 2012 dans Presse libre

La fable des révoltes arabes

(Source : L’Expression)

Les régimes arabes, nés à la suite des soulèvements de leurs peuples, se soucient plus de leur légitimité auprès des occidentaux qu’auprès de leurs peuples.

Les révoltes arabes, qui ont suscité un élan d’espoir chez leurs peuples longtemps opprimés, sont tombées entre les mains d’autres maîtres. Rien ne se fait sans l’accord de l’Occident en général et des Etats-Unis d’Amérique en particulier. «Aucun nouveau régime dans les pays du Sud ne peut agir sans l’accord des Etats-Unis d’Amérique», a indiqué Abdelkader Mahmoudi, enseignant en sciences politiques et relations internationales à l’Université d’Alger. Les régimes arabes, nés à la suite des soulèvements de leurs peuples, explique-t-il, se soucient plus de leur légitimité auprès des Occidentaux qu’auprès de leurs peuples. Preuve en est, les islamistes tunisiens, égyptiens, marocains et libyens se sont adressés en premier lieu lors de leur victoire contre les démocrates, aux Occidentaux en les rassurant d’être des bons serviteurs et exécutants. Cette situation ouvre par conséquent, grandes les portes de l’ingérence. Ces nouveaux régimes comptent même veiller à la suprématie des intérêts géostratégiques de l’Occident au détriment des intérêts nationaux. Ainsi, il convient de souligner, selon des spécialistes, que le Printemps arabe a juste provoqué et conduit au changement des régimes sans pour autant traduire sur le terrain les aspirations des peuples qui se sont révoltés contre les régimes dictatoriaux. «Le droit d’ingérence des Occidentaux dans les affaires internes des pays arabes a été érigé et reconnu par les nouveaux maîtres des peuples arabes», a souligné Salah Mouhoubi, enseignant à l’Ecole nationale de la diplomatie, estimant par-là même que le cours des événements dans le Monde arabe a été orienté et dirigé par des stratégies américaines entrant dans le cadre de la redéfinitions des relations internationales et de la mise en place d’un plan pour un nouvel ordre mondial.

«Les Etats-Unis d’Amérique soutiennent rien que des régimes asservis qui leur soumettent et mènent à la lettre leurs orientations», a-t-il encore noté. A ce sujet, le chercheur en sciences politiques et relations internationales, Makhlouf Sahli a, quant à lui, précisé que les pays arabes se sont retrouvés aujourd’hui otages d’un nouveau colonialisme, exercé par les Occidentaux. Ce néocolonialisme s’explique, dit-il, par le refus de l’Occident d’accepter le processus de décolonisation entamé par les pays du Sud, depuis le début des années 1950. D’où, il a développé de nouvelles formes et pratiques colonisatrices. Citant entre autres le droit et la responsabilité d’intervenir pour protéger les populations civiles, la promotion de la démocratie et les droits de l’homme. Usant de ses alibis, l’Occident est intervenu dans les affaires dans plusieurs pays. «La guerre en Irak en est une parfaite illustration ainsi que les présentes implications directes et indirectes dans le Monde arabe», a-t-il précisé, tout en faisant savoir que l’Occident a redessiné le nouvel ordre mondial pour préserver des intérêts stratégiques avérés. Ces intérêts ont, relève-t-il, pour objectif de garantir et de consolider la suprématie de l’Occident ou «du Nord sur le Sud».

L’intervention de l’Otan, soutient-il, en Libye au nom de la protection des civils, et ses menaces d’intervenir en Syrie mettent en évidence l’ingérence directe de l’Occident dans le Monde arabe. Et de poursuivre: «Le droit d’ingérence est devenu un paramètre important du nouvel ordre mondial. Il est actionné en dehors de tout cadre légal.» Cela, renchérit-il, on l’a vu par l’intervention de la France au Rwanda et en Birmanie, des Etats-Unis en Irak, au Darfour et en Somalie. C’est dire enfin que le concept de droit d’ingérence a été affiné et instrumentalisé par les USA pour permettre la régulation des relations internationales, conformément à l’unilatéralisme américain.

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