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Publié le 26 Oct, 2011 dans Presse libre

L’autre pollution

(Source : Centpapiers)

Chacun sait que la dramatique pollution qui sévit à l’échelle planétaire et dont nous sommes tous responsables est maintenant devenue le sujet de préoccupation numéro un de tous ceux et toutes celles d’entre nous qui ont un minimum de conscience.

 

Bien au-delà des divergences politiques, idéologiques et religieuses, elle nous concerne tous. Elle devrait faire l’unanimité en réduisant à zéro les prises de position égoïstes et aveugles de certains États. Point n’est en effet besoin d’être spécialiste en climatologie ou dans tel ou tel domaine scientifique pour s’en apercevoir. Il suffit d’un peu de bon sens pour comprendre que notre humanité doit affronter là son plus grand défi car elle fonce droit à l’abîme.

Le sujet ne me semble pas discutable… Aussi n’est-ce pas de lui dont j’ai envie de vous parler aujourd’hui. Il existe, à mon avis, une autre pollution dont on ne parle pratiquement pas et qui est tout aussi grave que l’autre parce que c’est d’elle que provient, en grande partie, notre apathie face à l’état global de notre monde.

Je veux parler de la pollution psychique. Que nous le reconnaissions ou non, celle-ci fait partie des grands maux dont nous souffrons tous, à divers degrés.


Par cette appellation j’entends l’encombrement mental, la distorsion des valeurs de base de la vie et l’engourdissement de la conscience.

Cet encombrement, cette distorsion et cet engourdissement sont tout simplement le revers de la médaille de la myriade d’informations, d’images et de sons qui viennent à nous quotidiennement. Il n’y a pratiquement pas moyen d’y échapper. À moins de vivre en ermite au fin fond d’une forêt, il est quasi incontournable.

Des montagnes de ¨nouvelles¨ et de messages de tous genres nous sont constamment déversées par les télévisions et leurs centaines de canaux, par les radios, les journaux et les revues et puis… par internet, bien évidemment, jumelé à la multitude des téléphones cellulaires qui s’acharnent maintenant à rassembler tous les médias au creux de notre main. J’y vois une forme de tyrannie subtilement imposée… J’en connais qui, simultanément, font fonctionner leur téléviseur, leur radio et lisent leur revue hebdomadaire… tout en se tenant près du cellulaire au cas où… Quelle est l’angoisse qui se cache derrière tout cela ?

On s’enthousiasme certes à la vue des merveilles technologiques dernier cri car elles sont incontestablement fascinantes… Il n’empêche cependant que le déferlement de données anarchiques auquel elles nous soumettent a dépassé depuis longtemps le seuil de l’information.

Nous ne sommes même plus dans la sur-information mais dorénavant entrés dans une zone de désinformation et d’intoxication mentale.

Serais-je entrain de devenir un vieux rétrograde ? Pas si certain… Moi même j’utilise cette technologie. Bien obligé si je veux m’adresser à vous, comme maintenant, par exemple.

Je constate cependant que notre boulimie de données, d’images et de sons aboutit à un curieux état de fait : plus personne ni rien n’est totalement crédible. De fait, toutes les opinions se font la guerre et il n’est pratiquement plus possible de s’y retrouver au sein d’un monde où la tricherie et le mensonge se parent des plus beaux arguments pour singer le juste et le vrai. Nous nageons dans un gigantesque melting-pot de ¨flashes informatifs¨ tous azimuts.

Nous expérimentons désormais ce que j’appelle une indigestion mentale… et puisque toute indigestion aboutit très facilement, comme on le sait, à un avachissement de l’être, de moins en moins de choses nous touchent réellement. Les in-formations s’expulsent en effet les unes les autres de nos neurones saturés avec une vitesse surprenante. Le rythme de ce qui défile en nous est effréné et ne nous laisse de moins en moins la possibilité de vraiment nous arrêter sur quoi que ce soit de fondamental.

Faire le tri de ce qui est projeté vers nous ? Selon quels critères ? En avons-nous d’ailleurs seulement envie ? À chaque fois qu’un gadget de plus s’ajoute à la panoplie des petites merveilles technologiques, les foules se précipitent pour l’acquérir. Vous ne pouvez stocker que 10000 chansons sur votre lecteur MP3 ? Allons donc ! Comment pouvez-vous vivre sans celui qui vous en autorise 15000 ? Vous vous déplacez encore avec un seul livre ? Voyons… Aujourd’hui, c’est une bibliothèque entière que vous devez avoir sur vous avec le IPad.

Bien évidemment tout cela c’est… si magique et si pratique… Seulement voilà, notre tête et surtout notre cœur s’en portent-ils mieux ? Je ne nous vois certes pas mieux penser ni mieux aimer qu’autrefois. Ce serait plutôt la tendance inverse que je constate : Nous assistons à l’isolement croissant de chacun de nous dans son petit univers virtuel ainsi qu’à une kyrielle de déséquilibres mentaux.

Jamais, au grand jamais, notre société occidentale n’a ingéré autant d’antidépresseurs que maintenant. Peut-on appeler cela une réussite ? C’est au contraire l’aveu implicite d’un cuisant échec. Serions-nous complètement passés à côté du sens et du but de la Vie ?

Pour ma part, je crois que la multiplication de l’information et la prolifération des contacts avec des ¨amis¨ virtuels telles que nous les vivons et telles qu’elles nous envahissent insidieusement ne réveillent pas plus la conscience, ni l’intelligence des êtres que nous sommes qu’elles ne participent à leur réelle culture.

Elles nous endorment au contraire, elles nous asservissement. Elles nous font passer à côté de l’essentiel : notre équilibre. L’accession à la paix et au bonheur ne peut pas se manifester, comme on veut nous en persuader, par notre enchaînement à un interminable arsenal technologique dont les produits saturent nos tiroirs cérébraux.

Qui pense par lui-même ? De moins en moins d’entre nous, j’en suis persuadé. Nous sommes subtilement formatés à croire en notre autonomie, en notre libre-arbitre tandis que notre dépendance à un certain ¨progrès¨ n’est même plus discutable.

Assurément, c’est ce que cherchent depuis longtemps les grands tireurs de ficelles de notre planète : il leur faut des hommes et des femmes somnolents, conditionnés à se croire libres et de moins en moins capables de regarder ce qui se passe au fond d’eux-mêmes.

À titre d’exemple, n’est-il pas édifiant de constater à quel point notre société ne cesse de multiplier – jusqu’à la paranoïa – de nouvelles règles de sécurité exclusivement sur la personne physique et que, parallèlement à cela, elle facilite l’accès à tout ce qui pollue et brise l’équilibre psychique de l’être, en commençant par celui des enfants. Tous les excès, horreur et déferlement de violence en tête, sont banalisés. Apparemment c’est cohérent et cela s’appelle liberté d’expression.

Alors… ce qui se passe au fond de nous-même ? C’est précisément cela qui est dangereux et dont ne veut absolument pas un certain Gouvernement.

Ce qui se passe au fond de nous, on peut l’appeler préoccupation spirituelle, métaphysique ou idéal philosophique, humanitaire… peu importe, cela touche la même essence.

Le fait est que le conscientisation de qui nous sommes vraiment est certainement la seul dépolluant auquel nous puissions avoir recourt pour ¨renverser la vapeur¨ de notre monde. Quand la notion d’âme est devenue tabou dans une société, quand l’esprit y est rendu suspect, c’est le signe que cette société est parvenue en bout de course, qu’elle est moribonde sous la forme que nous lui connaissons.

Serais-je défaitiste ? Non… car je n’ai pas tout à fait terminé ma réflexion.

En effet, ultimement je dirais que c’est un bien si nous arrivons enfin au bout de notre propre impasse. Je crois fermement qu’il faut tout épuiser dans une direction, aller jusqu’à l’extrême limite de ses absurdités pour intégrer la leçon de l’erreur que nous y avons cultivée.
Les plus pessimistes me répondront qu’il est peut-être trop tard. Ce n’est pas mon avis, il n’est jamais trop tard… En tout cas, jamais trop tard pour la Vie qui est en nous. Son essence est indestructible… Son support charnel est une chose. Sa nature fondamentale en est une autre.

C’est pour cette nature-là que je continue de parler et d’écrire, pour celle qui est en cours de pèlerinage vers sa Source et à laquelle une probable et prochaine chute enseignante va inévitablement rappeler sa feuille de route. La grande gagnante, ce sera toujours notre âme, cette voyageuse du Temps, même si on nie sa réalité.

Pour l’heure, soyons-en certains, c’est assurément à sa dépollution qu’il faut travailler sans relâche.

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