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Publié le 29 Juil, 2011 dans Presse libre

Demain le monde des cyborgs?

(Source : Devenir lucide)

Un excellent article du très lucide Docteur Jean-Pierre Dickès

Toute l’histoire nous démontre que des événement minimes déterminent souvent l’avenir de manière considérable. C’est l’histoire du nez de Cléopâtre citée par Pascal. Un entrefilet du Quotidien du Médecin (23 octobre 2008), nous apprit qu’une équipe sino-américaine avait réussi à modifier la mémoire de souris en leur faisant oublier au choix les souvenirs ressentis comme agréables ou désagréables; et ceci sans modifier leur facultés cognitives. Il y a là une sorte d’amnésie sélective déterminée par la puissance scientifique.

En corrélation avec cette étourdissante découverte, le dernier numéro de Sciences et Avenir explique que des équipes médicales de Marseille et Montpellier ont utilisé des souris amnésiques : un prélèvement de cellules souches olfactives a été transplanté dans le liquide céphalo-rachidien de ces souris. Apparemment celles-ci ont récupéré non pas leur mémoire propre, mais la capacité d’apprendre et de mémoriser.

De suite il faut essayer d’imaginer les conséquences pour l’homme d’une telle découverte. Il serait en pratique possible de vider le cerveau humain de son contenu ; et de lui donner les moyens d’acquérir des connaissances nouvelles et de les retenir. Le tout pouvant être comparé à un ordinateur dont les programmes seraient effacés puis remplacés par d’autres. Tel est le programme véhiculé par les tenants de la transhumanité.

 

Une idéologie utopique

Ce mouvement existe depuis soixante ans aux États-Unis. Comme toute idéologie, il prétend améliorer la condition humaine de manière définitive. L’homme est condamné par sa nature à connaître la souffrance, les maladies et la vieillesse menant au handicap, et bien sûr la mort. Il entend y mettre fin par le progrès de la technique et de la biologie. La science va corriger toutes les erreurs de la nature. Et par là aboutir à une égalité entre les hommes; tout en leur donnant une vie agréable, débarrassé des conséquences du péché originel auquel les transhumanistes ne croient bien sûr pas. Il y a certes un côté un peu baba-cool d’un monde qui aurait évacué Dieu pour le remplacer par des humains revenus au bonheur du paradis terrestre par la technique. Cet état nouveau est appelé post-humanité. Le transhumanisme serait en quelque sorte l’accoucheur d’une société nouvelle dont il est à l’origine difficile de donner les contours. Or ce voyage dans l’inconnu risque bien de tourner au cauchemar si on n’y prend garde. La formule avait un côté utopiste qui commence à se réaliser par les découvertes déshumanisantes accélérées, en biologie et en informatique. Nous nous bornerons à cheminer à travers les découvertes récentes des médecins et des biologistes.

 

De la robotique à la robotisation

Le médecin en fin de carrière découvre avec émerveillement le progrès fantastique qui a été effectué dans le domaine de la biologie. Ce mot désigne l’implantation de machines sur l’homme. Une sorte d’hybridation. Les choses ont commencé lentement par les prothèses osseuses. Il y a trente ans était présentée avec délice dans l’Encyclopédie du Monde une femme dont le squelette des membres avait été remplacé par des prothèses métalliques. De nos jours l’intervention la plus souvent pratiquée au monde est la prothèse de la hanche, qui vient avant la cataracte. Depuis ont été greffées des rétines artificielles, effectués des implants cochléaires, mais aussi des petits os de l’oreille moyenne. Il y a aussi les pacemakers, les pompes à insuline; le cœur artificiel a été mis au point. Tout récemment un paraplégique a fait ses premier pas : il vient de lui être implanté un stimulateur au niveau de la section de moelle épinière.

Par ailleurs la chirurgie robotique est en plein essor. De la France, il est possible de procéder à une intervention chirurgicale en Amérique par un robot. Et dans quelques années ce seront des robots qui feront avec perfection un certain nombre d’interventions. Un peu comme actuellement les avions sont dirigés automatiquement par des ordinateurs; les pilotes étant là essentiellement pour surveiller que tout se passe bien et intervenir en cas de besoin. Jusque-là tout va bien.

 

Le transfert de la pensée.

Le « téléchargement de l’esprit » comme son nom l’indique, devrait permettre de transférer sur un ordinateur les donnée du cerveau. Une sorte d’IRM des pensées elles-mêmes; ou par comparaison, l’esprit de l’homme serait comparable à un serveur internet dont il serait possible de récupérer les données. Existent des programmes de recherches dans ce sens. L’«interface cerveau-ordinateur » ou cerveau-machine permet à partir de micro puces implantées dans l’encéphale de communiquer avec un ordinateur et/ou de faire bouger un objet.

Ainsi, le Dr Carmena de l’université de Berkeley y a entraîné un singe à faire bouger un objet par la pensée, en activant un nombre restreint de ses cellules cérébrales. Un tel principe est actuellement en cours de mise au point chez les amputés afin qu’ils puissent diriger de cette manière leurs prothèses articulées. L’homme va ainsi contrôler les machines ou les ordinateurs par la pensée.

L’inverse est bien sûr possible : la possibilité d’agir à distance sur les pensées et les actes d’un individu est connue depuis 1960. Une simple puce implantée dans le cerveau permet de la contrôler. Ces puces électroniques cérébrales sont capables de surveiller et modifier à des distances différentes les fonctions du corps humain, en agissant tant sur la motricité que sur les émotions ou l’humeur. Le médecin José Delgado, ancien chercheur à l’université Yale, après une série d’expériences menée par lui-même, faisant cette constatation : « les humains peuvent être contrôlés comme des robots en appuyant sur des boutons ». Voilà ce qui a fait depuis cinquante ans les délices d’une science-fiction devenue réalité.

Car de telles découvertes permettent de contrôler et de diriger les hommes nuit et jour. Ce seront des Cyborgs (1) des hommes machines.

 

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Les voies pour modifier le psychisme

Il y a une quinzaine de jours a été annoncée la découverte du gène de l’épilepsie comme l’avait été celui de la schizophrénie il y a trois ans. Ce qui au passage met par terre la psychanalyse; il s’agit bien de maladies organiques et non fonctionnelles. Un traitement va s’ébaucher. Sera-ce par génie génétique ou par la bionique ? Dans ce cas il s’agit d’implanter un minuscule appareil dans le cerveau. Lequel sera commandé de l’extérieur.

La relation entre ces découvertes est facile à faire à faire. Demain il sera possible d’agir directement sur le cerveau par des appareils informatiques simples ou même par la pensée.

 

Les hommes robotisés, lobotisés ainsi, seront de plus en plus « cornaqués » par Big Brother. Déjà un Ipad serait porteur d’une puce permettant de localiser en permanence celui qui le porte. Des surveillances de cette nature, la volonté délibérée de contrôler internet, de museler les médias, d’uniformiser la pensée et les désirs, les langues et les traditions, tout ceci incite à penser qu’une conscience directrice existe ayant vocation, volonté et moyens d’être les Big Brother. Que ce soit par la génétique ou la bionique. Ces techniques jointes à la décérébration de nos enfants faite à la fois par la télévision, l’Education nationale, la dissolution de la famille, le résultat est le même.

Un peuple de citoyens normalisé, formatés, dont la vie se résume à « métro, boulot, dodo ». Dans le Meilleur des mondes de Huxley, deux jeunes femmes s’interrogent : «Mais à quoi peut-il bien servir…de penser…de penser ? » 

 

Dr Jean-Pierre Dickès

Source : Article extrait du Journal Présent n° 7393 du 21 juillet

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