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Publié le 23 Jan, 2017 dans Psychopathie

Selon le psychologue Kevin Dutton, les politiciens ont des traits psychopathiques… et c’est une bonne chose!

(Source : Cerveau&Psycho – Merci à Clara)

Commentaire :
De son titre original « Les politiques sont-ils des psychopathes? » et écrit par le psychologue Kevin Dutton, cet édifiant article nous démontre à quel point nos sociétés modernes ont été corrompues par une pensée psychotique et névrosée. En effet, en arriver à penser qu’un bon dirigeant, qu’un bon chef de pays DOIT posséder des traits de personnalité psychopathiques (dont « tuer le sourire aux lèvres ») tient d’un puissant syndrome de Stockholm collectif face à la menace sociétale que représentent les psychopathes. Kevin Dutton est l’auteur de quelques ouvrages dont « La sagesse des psychopathes » et « Le guide du succès du bon psychopathe« , et son site web comporte des articles tels que « Comment les psychopathes peuvent vous sauver la vie« . Bref. Le ton est donné : les psychopathes sont sages et peuvent même être bons. Aussi, notez que la Terre est plate.

(c) Eddie Guy

Hitler, Saddam Hussein, Amin Dada… Mais aussi Kennedy, Trump, Churchill ou Roosevelt : les personnalités psychopathiques possèdent à la fois des qualités de dominance et des traits destructeurs. Le tout étant de ne pas basculer du côté obscur de la force.

Adolf Hitler était-il un psychopathe ? Remplirait-il aujourd’hui les critères reconnus en la matière par la psychiatrie moderne ? Telle était la question récurrente lors de mes conférences données autour de la parution en 2012 de mon ouvrage intitulé La sagesse des psychopathes (The Wisdom of Psychopaths). Heureusement, j’avais de quoi argumenter ma réponse par des données chiffrées. Dans une étude en cours à l’époque, j’avais demandé aux biographes officiels de plusieurs grands leaders historiques de remplir, en se mettant à la place de leurs sujets, une version abrégée de l’échelle révisée de personnalité psychopathique, dénommée PPI-R en anglais. Ce court test psychométrique repose sur cinquante-six questions qui tentent de quantifier les traits de personnalité psychopathique.

Le Führer, comme on pouvait s’y attendre, a obtenu des scores très élevés. Ce qui était plus surprenant – et de quelque consolation pour mon public allemand –, fut que le premier ministre britannique Winston Churchill n’arrivait pas très loin derrière lui. Même si les scores de Hitler démontraient un psychopathe hors norme, ceux que j’ai mesurés pour Churchill, – pourtant une des figures les plus estimées de l’histoire politique – laissent penser qu’il était lui aussi de classe internationale. Que fallait-il alors en conclure à propos des politiciens en général ? Si l’un des plus grands noms de l’histoire politique se retrouve au sommet de cette échelle psychométrique, ne peut-on s’attendre à ce que de moins appréciés en fassent autant ?

Le moment semble particulièrement bien choisi pour se poser la question. La course à la présidence américaine nous donne à voir quelques beaux candidats à l’analyse psychologique. La règle dite de Goldwater, présente dans la charte éthique de l’Association psychiatrique américaine, voit comme peu déontologiques les commentaires émis par des professionnels de la santé sur un patient qu’ils n’auraient pas examinés en personne (le nom de cette règle remonte aux années 1960, quand un magazine de cette époque, Fact, interrogea des cliniciens pour savoir si le sénateur Barry Goldwater était apte à la présidence). Mais durant ce cycle électoral, les médias y sont presque tous allés de leur diagnostic de comptoir pour déclarer plusieurs candidats potentiels narcissiques, mégalomanes ou psychopathes. On ne peut donc pas refuser de faire un peu de ménage. Alors, certains de ces candidats répondent-ils à l’appellation de psychopathe ? Il faut commencer par préciser que la définition de la psychopathie est loin d’être monolithique. Bien qu’elle évoque dans l’esprit de la plupart des gens des tueurs en série comme Jack l’Éventreur, les experts utilisent ce terme pour désigner des individus présentant une combinaison bien particulière de caractéristiques de personnalité, parmi lesquelles l’absence de pitié ou de peur, la confiance en soi, un certain charme superficiel, le charisme, la malhonnêteté et un manque profond d’empathie et de conscience morale. Et même si la plupart des gens n’apprécient guère un menteur dénué de tout sentiment, aucun de ces traits de caractère ne représente en soi une menace pour sa santé mentale.

Commentaire :
En effet, la « santé mentale » d’un psychopathe est celle décrite par ces mêmes caractéristiques. Aux yeux d’un psychopathe, un être humain doté d’empathie et de conscience souffre de trouble de santé mentale. Raison pour laquelle nous retrouvons le deuil et la timidité aux rang des maladies mentales selon l’infâme DMS-5.

Ce qui distingue le meurtrier de sang froid du président psychopathe relève plutôt d’une question de degré et de contexte. Comme c’est le cas pour toute dimension de la personnalité, les caractéristiques psychopathiques fondamentales d’une personne lui appartiennent en propre. En utilisant des moyens de mesure tels que le PPI-R, les chercheurs réalisent des analyses très détaillées de ces différentes composantes pour en extraire des combinaisons qui peuvent être soit bénéfiques soit toxiques. Autrement dit, dans une personnalité psychopathique, il existe des associations de traits qui peuvent rendre une personne plus performante, et d’autres qui sont carrément destructrices pour elle et son entourage.

De nombreuses études ont à ce jour passé d’anciens présidents américains et autres leaders historiques au crible de ces tests, et elles ont mis en évidence des faits troublants. Mes propres recherches m’ont permis d’observer que certains traits psychopathiques peuvent apporter un bénéfice décisif à certains leaders, et que d’autres desservent au plus haut point leur fonction. J’ai récemment tourné mon attention vers les hommes et les femmes qui postulent à l’élection présidentielle américaine de cet automne, soit au moment où j’écris ces lignes : Hillary Clinton, Ted Cruz, Bernie Sanders et Donald Trump. Dans une étude récente, j’ai mesuré leurs traits psychopathiques de la même façon que j’avais analysé Hitler et Churchill. Les résultats que j’ai obtenus sont décrits ici. Peut-être donneront-ils aux électeurs à réfléchir avant de glisser leur bulletin dans l’urne…

Commentaire :
« Votez pour votre psychopathe préféré » serait un bon slogan de campagne présidentielle…

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Huit traits de personnalité déterminants

Pour mieux comprendre ce qu’est la psychopathie, imaginez la structure de notre personnalité comme une table de mixage. Sur cette table de mixage, les traits de caractère, tels qu’ils sont mesurés par le questionnaire PPI-R, sont représentés par des boutons et des curseurs situés plus au moins au sommet de l’échelle selon les individus. Au total, comptez huit curseurs. Les spécialistes s’accordent plus ou moins à les répartir en trois groupes. Un premier groupe formant une grande dimension psychopathique, qu’on appelle la dominance sans peur, compte trois dimensions : l’influence sociale, l’absence de crainte et l’insensibilité au stress. Un second groupe, appelé impulsivité autocentrée, réunit quatre dimensions (ou « curseurs ») : égocentrisme machiavélique (intriguer pour son propre intérêt, sans considération pour autrui), non-conformité impulsive (se rebeller violemment contre toute forme d’autorité), rejet de responsabilité (en cas de problème, imputer la faute aux autres) et absence de planification. Le troisième groupe ne comporte qu’un seul élément : la froideur affective.

Si vous pouviez jouer avec tous ces curseurs de façon à les combiner à votre guise et observer les résultats, vous arriveriez rapidement à deux conclusions. D’abord, il n’existe pas de réglage précis qui qualifierait tous les psychopathes. En fonction des circonstances ou du moment, tel ou tel individu s’arrange pour amplifier ou réduire chacun de ces traits de façon à trouver la combinaison la plus efficace. Et deuxièmement, certains métiers ou activités – notamment dans le management, les affaires, la finance, le droit, l’armée, les services innovants ou la chirurgie – requièrent que certains de ces curseurs soient toujours poussés un cran plus haut que la moyenne. De façon générale, les situations à haut risque et à haut statut social donnent une prime à certaines qualités comme l’esprit de décision, l’inflexibilité mentale ou le détachement émotionnel, toutes ces qualités caractéristiques étant facilitées par de forts scores sur certains traits psychopathiques.

Quelle combinaison particulière fait alors office de rampe de lancement pour une carrière politique ? Pour le savoir, j’ai mené des séries d’entretiens auprès de nombreux commentateurs et personnalités politiques britanniques, qu’il s’agisse de membres de la Chambre des Lords, d’élus locaux ou de présentateurs de radio ou de télévision en vue. Tous identifiaient quelques traits de personnalité comme absolument indispensables à tout politicien. Et ils insistaient sur le fait que la carrière politique nécessite de prendre des décisions difficiles dans un état de pression psychologique élevée.

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Tuer, le sourire aux lèvres

Notamment, un politicien doit être capable de jongler avec des crises multifactorielles – menaces posées par des états hostiles, terrorisme, catastrophes naturelles, scandales sanitaires, etc. Il est parfois amené à prendre la décision d’envoyer la jeunesse de son pays sur des théâtres de conflits armés, en sachant très bien qu’une partie n’en reviendra pas. Et il doit avoir de très bonnes qualités de présentation et une dose de charme, avec la capacité de feindre l’empathie même lorsqu’il ne l’éprouve pas.

Commentaire :
Ne nous demandons pas plus longtemps pourquoi le monde est dans le piètre état dans lequel il est : un politicien doit être capable de « tuer le sourire aux lèvres ». Parole de « psychologue »!

Notamment, pour être en phase avec son électorat, indépendamment de ses propres opinions. Comme le président Théodore Roosevelt l’a dit un jour : « Le politicien qui réussit est celui qui clame à haute voix ce que la plupart des gens pensent tout bas » (de fait, certains observateurs attribuent l’ascension de Donald Trump à cette qualité précise, au moins au sein d’une fraction de l’électorat).

Finalement, les politiciens que j’ai interrogés notaient que même dans leur course à l’élection, les candidats doivent avoir une confiance extrême en eux-mêmes. Cette même foi doit rendre le leader insensible aux critiques s’il veut mettre en œuvre un programme. Croiser le fer avec l’opposition, la contenir, voire l’intimider, requiert un caractère impitoyable et une inflexibilité mentale. Un responsable politique britannique expérimenté me confiait : « La seule façon de savoir qui vous poignarde dans le dos est de voir son reflet dans les yeux de la personne qui vous poignarde de face ! »

Commentaire :
Beau « jeu » que la politique…

L’image du candidat idéal qui émergeait de ce sondage était celle d’un individu charmeur, persuasif et très confiant en lui-même, qui pouvait aussi être impitoyable si nécessaire tout en étant résistant à la chaleur : il devait être capable de garder la tête froide et de rester concentré même dans le feu de l’action. Sur la table de mixage de la personnalité que nous évoquions, le meilleur réglage serait alors de pousser tous les boutons au maximum sur la dimension de dominance sans peur, d’adopter une position intermédiaire sur la dimension de froideur affective, et de pousser les boutons vers le bas pour l’impulsivité autocentrée. Autrement dit, les hommes et les femmes politiques exercent un métier où une forme légalisée et précisément calibrée de psychopathie constitue un atout indéniable pour réussir.

Commentaire :
Une forme « légalisée » de psychopathie?! Ceci a la même saveur qu’une forme légalisée de pédophilie. Et, oui, les deux sont en cours de préparation.

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L’absence totale de peur

Voici plusieurs années, le psychologue Scott Lilienfeld, de l’université Emory, qui a participé à l’élaboration du questionnaire de psychopathie PPI, associé aux psychologues Steven Rubenzer, Thomas Faschingbauer et à d’autres, ont distribué la dernière version du questionnaire NEO de personnalité – qui établit les cinq grandes dimensions de personnalité chez tout individu – à des biographes et experts de tous les présidents américains jusqu’à George W. Bush. Comme moi, ces experts ont fait appel à leur connaissance approfondie de leurs sujets pour répondre au questionnaire à leur place. Sur la base de leurs réponses, Lilienfeld a alors calculé le score qu’obtiendrait logiquement chaque président dans chacun des traits de caractère psychopathiques. À partir de leurs données, j’ai ensuite établi deux classements des dix présidents aux plus hauts scores de dominance sans peur et d’impulsivité autocentrée (voir le tableau).

De façon similaire à ce que j’avais pressenti lors de mes entretiens avec les politiciens britanniques, de forts scores sur la dimension de dominance sans peur étaient associés à de bons niveaux de performance au poste de président, appréciés par des spécialistes d’histoire politique, ainsi que de leadership, de capacité de persuasion, de gestion de crise, de représentation sur la scène internationale et de relations en congrès. Ces scores étaient également liés à une série d’indicateurs plus objectifs de la performance d’un président, comme le nombre de nouveaux projets amorcés durant son mandat. En revanche, les personnes ayant de forts scores d’impulsivité autocentrée ont aussi des comportements néfastes en société, qu’il s’agisse de voter systématiquement des motions de censure ou de tolérer des comportements non éthiques au sein du gouvernement.

Ces découvertes ont aussi confirmé que les biographes répondent avec justesse aux questionnaires tels que le PPI-R, permettant d’évaluer avec fiabilité la personnalité de figures politiques historiques. Par exemple, les historiens comme les spécialistes de sciences politiques placent les deux présidents Roosevelt (Théodore et Franklin Delano) parmi les cinq plus grands présidents des États-Unis. De façon cohérente, ceux-ci se classent en première et en troisième position sur l’échelle de la dominance sans peur, tout en étant absents du top-ten sur l’échelle de l’impulsivité autocentrée. Vous avez dit dominance sans peur ? Theodore Roosevelt, après l’élection de 1912, perdue face à Woodrow Wilson, avait pensé explorer un affluent de l’Amazone encore inconnu des cartographes, truffé de piranhas, de rapides et de tribus indigènes expertes au maniement des flèches enduites de curare… À l’opposé, Andrew Johnson et Richard Nixon, tous deux très haut en impulsivité autocentrée mais pas en dominance sans peur, sont souvent cités comme les pires présidents de l’histoire américaine !

Mes propres travaux sur des figures historiques livrent des profils similaires pour les grands leaders, les moins grands et les médiocres . Pas plus que la version intégrale du PPI-R, la version courte ne propose un score limite qui départage les psychopathes des « normaux ». Il indique quel pourcentage de la population se trouve dans les fourchettes les plus élevées, intermédiaires ou basses, ce qu’on appelle des percentiles. C’est pourquoi, pour mettre mes résultats en contexte, il est utile de connaître les scores obtenus pour chaque trait psychopathique par les 20 % d’individus dans la population (le quintile supérieur) ayant les scores globaux les plus élevés.

Chez les hommes, cela signifie que si un individu obtient des résultats dans le quintile supérieur des trois grandes dimensions de psychopathie (à savoir 68 points ou plus sur la dimension de dominance sans peur, 69 ou plus en impulsivité autocentrée et 18 ou plus en froideur affective), il obtiendra un score général supérieur à 155. Chez les femmes, la même personne dépasserait la barrière des 139,4, avec 62,4 au moins en dominance sans peur, 62 en impulsivité autocentrée et 15 en froideur affective.

Dans ma liste de leaders, absolument tous ceux situés au-dessus de l’empereur Néron (y compris Jésus Christ et saint Paul – rappelons que l’on peut avoir de forts scores de psychopathie sans être cruel ou néfaste) ont un score total élevé et au moins un quintile supérieur dans une des trois dimensions de psychopathie.

Commentaire :
OK, mélanger des personnages mythiques dont on ne connaît pas avec assurance l’authenticité en dit long. Et déclarer que « Jésus avait de forts scores de psychopathie sans être cruel ou néfaste », c’est jouer sur divers terrains, brouiller les cartes et mélanger des pommes et des oranges. Le côté sérieux de la chose vient soudainement de m’échapper…

L’ex-première ministre britannique Margaret Thatcher manque de peu cette qualification. En revanche, si vous considérez les scores dimension par dimension, vous trouverez que certains leaders très admirés sont en deçà du quintile supérieur. Par exemple, George Washington et Abraham Lincoln ont des résultats très élevés en dominance sans peur, mais plutôt bas en impulsivité autocentrée, ce qui leur livre des scores globaux plutôt modestes. En bref, ils possèdent tous les aspects positifs de la psychopathie – ce qui leur confère force mentale, capacité à s’imposer et influence sociale – mais aucune des caractéristiques négatives comme l’impulsivité, l’égocentrisme ou l’insubordination. À l’inverse, Hitler semble avoir eu tous les mauvais aspects de la psychopathie, et moins de « bons ».

Commentaire :
Les « aspects positifs de la psychopathie ». Est-ce que le choléra ou la peste ont des aspects positifs aussi?

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L’élection de novembre 2016

Pour passer les candidats à l’élection américaine au crible d’une telle analyse, j’ai contacté un des présentateurs politiques les plus écoutés et respectés de la BBC en lui assurant l’anonymat le plus complet et je lui ai demandé de remplir une version abrégée du test PPI-R du point de vue des quatre principaux candidats à cette époque – Clinton, Cruz, Sanders et Trump. Dans chaque cas, le présentateur répondait aux questions en se fondant sur l’expérience personnelle et directe qu’il avait eue de chacun des candidats, ainsi que sur son expertise en analyse de médias et sur des impressions générales dépassionnées.

Après analyse des résultats, Trump a écrasé tout le monde. Son score total de psychopathie dépassait même celui de Hitler, et talonnait celui du tyran ougandais Idi Amin Dada. Et, fait notable, il battait de loin les trois autres candidats en dominance sans peur, un trait associé aux présidences plutôt réussies. Dans le même temps, toutefois, ses scores sur les dimensions « négatives » étaient aussi plus élevés que chez ses concurrents. Sur les huit traits psychopathiques, Cruz était pratiquement au coude à coude avec son rival républicain –, mais il fut décroché dans le domaine de l’absence de planification et de l’influence sociale. En d’autres termes, ses scores le présentaient comme moins impulsif et moins persuasif que Trump.

Du côté des démocrates, Clinton et Sanders sont assez proches l’un de l’autre sur les dimensions « positives » de la psychopathie. Ils obtiennent tous deux de bons scores en influence sociale et des scores moyens aux autres traits. Cela dit, ils divergent nettement sur le plan des caractéristiques psychopathiques négatives : Hillary Clinton dépasse son rival Sanders, notamment en machiavélisme et en froideur affective, pour obtenir un total de 152 – 16 points au-dessus de Margaret Thatcher ! En comparaison des percentiles de la population féminine, son score total est équivalent à celui de Trump.

Commentaire :
En effet, la population étatsunienne avait tout un choix pour cette (s)élection.

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Le prix de la grandeur

Qu’en est-il du leadership dans les sphères extrapolitiques ? En 2014, Lilienfeld et moi-même, en compagnie d’autres collègues, avons publié les premières données dévoilant un lien direct entre le statut professionnel et des caractéristiques de la personnalité psychopathe, en nous appuyant sur un sondage mené par Internet auprès de 3 400 sujets actifs professionnellement. En particulier, nous avons trouvé que les scores totaux les plus élevés à la version courte du questionnaire PPI-R étaient légèrement corrélés avec le fait d’occuper des situations de management et de dominance. Une association plus forte pour les dimensions liées à la dominance sans peur… Nous avons aussi constaté que les personnes engagées dans des métiers à risque (police, pompiers) avaient des scores bien plus élevés dans les trois grandes dimensions du PPI-R. Prises dans leur ensemble, ces études brossent un portrait assez précis de ce qui fait un leader efficace. Les politiciens et les dirigeants ne sont sans doute pas tous des psychopathes (même si certains d’entre eux, bien sûr, le sont probablement), mais certains traits psychopathiques (notamment la force voire la violence mentale, l’influence sociale et l’absence de crainte) apparaissent clairement comme de première utilité dans les fonctions de leadership, et amènent sans doute leurs propriétaires à jouer les premiers rôles.

Churchill lui-même, au début de la Seconde Guerre mondiale, prit une décision radicale le 3 juillet 1940. Après l’armistice franco-germanique du 22 juin 1940, il déploya les forces britanniques devant le port de Mers el-Kébir, en Algérie, exigeant la reddition de la flotte française. Les officiers français avaient le choix entre trois options pour éviter que les Allemands n’annexent leur flotte : continuer à combattre, se laisser escorter jusqu’à un port britannique en attendant d’être rapatriés après la fin de la guerre, ou rallier un port français en Inde. Si aucune de ces solutions n’était retenue, la flotte britannique se verrait contrainte de couler les navires français.

L’attaque brutale commandée par Churchill coûta la vie à 1 300 marins français. Elle était impitoyable. Elle était intrépide. Et elle fut décisive. Ce fut aussi un tournant stratégique dans la guerre. La résolution inflexible et la combativité démontrée ce jour-là impressionna Franklin Delano Roosevelt et pesa dans la balance pour remporter l’adhésion des États-Unis au moment d’entrer dans le conflit aux côtés des forces alliées. Le prochain président américain aura aussi la dure mission de donner une nouvelle orientation à la situation internationale. Pour prendre les bonnes décisions dans un monde dangereux, espérons qu’il ou elle possède une combinaison réussie de traits psychopathiques.

Commentaire :
Espérons surtout qu’il n’y a pas trop de gens pour espérer une telle chose…

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