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Publié le 19 Oct, 2014 dans Psychopathie

Martha Stout – La guerre limbique et l’ « interrupteur de paranoïa »

(Source : SOTT)

Par Harrison Koehli

Les événements du 11 septembre ont traumatisé le public américain. L’administration Bush a exploité cette peur et continue à le faire.

Les événements du 11 septembre ont traumatisé le public américain. L’administration Bush a exploité cette peur et continue à le faire.

Le livre de Martha Stout, The Paranoia Switch (L’interrupteur de paranoïa – NdT), est une contribution bienvenue à la nouvelle science en développement de la ponérologie : l’étude des causes fondamentales et de la genèse du mal, à la fois au niveau social et au niveau interpersonnel.

Stout fait appel à ses années d’expérience en tant que thérapeute des traumatismes pour diagnostiquer cliniquement la maladie de notre « culture de la terreur » et ceux qui manipuleraient ce traumatisme dans leur propre intérêt personnel.

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L’interrupteur de paranoïa 

Les évènements traumatiques surchargent notre système limbique. La réponse accrue de notre amygdale[1] qui enregistre la signification émotionnelle de l’événement, mène à une réponse réduite dans l’hippocampe qui accorde habituellement la priorité à l’information et permet aux centres supérieurs du cerveau de créer des souvenirs cohérents, basés sur leur importance émotionnelle. Ainsi, les événements traumatiques ne sont pas intégrés par les centres supérieurs du cerveau comme de vrais souvenirs mais nous laissent plutôt avec des fragments non-intégrés de souvenirs : des images et des sensations isolées. Ces souvenirs peuvent ensuite être « déclenchés » par des images similaires. De cette manière, une voiture qui pétarade peut induire un état de paranoïa chez un vétéran de la guerre. Son « interrupteur de paranoïa » a été basculé.

Les plus accablantes de toutes sont les expériences traumatiques causées non par accident (explosions ou accidents de voiture involontaires) ou par des « catastrophes naturelles » (tremblements de terre, volcans, etc.), mais plutôt par les actes délibérées d’autres personnes, des actes comme des agressions, des enlèvements violents, des viols – ou du terrorisme. Il semblerait que, pour quelque raison que ce soit, nous soyons faits pour craindre davantage le mal quand il menace d’arriver par malveillance, de la main de nos semblables, et cette variété spéciale de peur est la plus contagieuse de toutes. (62)

Comme Stout l’explique plus loin dans son livre, les agents de la peur maintiennent leur pouvoir par l’exploitation des faiblesses humaines. Ironiquement, ce sont souvent ces gens même que nous sommes « programmés » génétiquement à craindre (c’est-à-dire les individus psychopathiques) qui exploitent cette peur en la concentrant sur un groupe arbitraire et opportun. Hitler a utilisé les anarchistes, les communistes et les juifs. Bush utilise les « terroristes », les musulmans et les personnes qui critiquent sa politique. 

Stout définit le terrorisme comme « de la violence commise dans le but principal de manipuler les esprits de la population existante » (27). Il crée un interrupteur de paranoïa dans nos esprits, ou en active un déjà existant. Son « ambition la plus chère est de nous affecter psychologiquement, d’instiller un sentiment d’impuissance dans les esprits des citoyens et de piller massivement notre provision collective de confiance. » (24) 

C’est de cette manière que les terroristes (que ce soient des marionnettistes d’agences de renseignement occidentales ou des pigeons « terroristes » étrangers) sont capables de conduire un public meurtri dans la direction de leur choix. Cependant, nous pouvons nous assurer que le terrorisme n’opère pas dans nos esprits en étant conscient de ses effets et de ses buts, et de la tactique de ceux qui l’exploitent.

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Résonance limbique 

Même si un attentat terroriste n’affecte directement qu’une très petite partie d’une population, tout le pays peut ressentir ses effets. Ce phénomène prend ses racines dans notre système limbique.

Le système limbique joue un rôle dominant dans la régulation de nos sensations, l’accessibilité à nos souvenirs, nos motivations à agir, notre capacité à donner un sens à nos expériences, et même notre conscience. (77)

La conscience est une sensation irrésistible d’obligation qui est toujours basée sur notre penchant à nous lier aux autres… c’est précisément notre capacité à former des liens émotionnels qui éveille le caractère moral… (75)

Grâce à l’information perçu par un ou plusieurs de nos sens et qui est traitée par le système limbique, nous pouvons percevoir l’état interne d’un autre être humain – son état physiologique et émotionnel – auquel nous serions autrement « aveugles » … Non seulement le système limbique nous permet de percevoir les émotions des autres … il sert aussi à aligner nos émotions avec celles des personnes autour de nous, et vice versa. (78)

De cette manière, le traumatisme d’un événement terroriste est contagieux. Nous sommes tous affectés par l’état émotionnel de ceux qui nous entourent ; nous devenons tous traumatisés.

La résonance limbique est une des nombreuses raisons pour lesquelles la personnalité, et spécialement le caractère, devraient être des considérations primordiales dans le choix de nos dirigeants. En bien ou en mal, un leader en vue peut avoir une influence émotionnelle sur un grand nombre de personnes. (83)


Les leaders machiavéliques sont capables d’exploiter ce fait à merveille parce que ce sont des psychopathes. Ils ne ressentent aucun sentiment de culpabilité, aucune douleur à la vue d’un corps mutilé. Rien ne dérange leur nature froide, insensible et sans émotions.

Commentaire :
Notons au passage qu’ils ne sont pas tous psychopathes. Seule… une grande majorité l’est.

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Guerre limbique 

Quand un leader choisit d’exploiter cette contagion, plutôt que de la calmer et de la soigner, il s’engage dans ce que Stout appelle la « guerre limbique. »

Si un leader choisit de focaliser l’attention du groupe sur les « autres » terrifiants – s’il, ou elle, presse l’interrupteur de paranoïa installé par le traumatisme – le niveau de peur du groupe est susceptible de rester à son maximum pendant longtemps, et qu’il soit compétent ou non, l’autorité perçue du leader se maintiendra… Après un traumatisme collectif, des changements sociaux à grande échelle peuvent être inaugurés, intentionnellement ou non, par une poignée d’alarmistes qui jouent avec la colère et la paranoïa d’une population vulnérable. (92-3, 95)

C’est à ces moments clés dans l’histoire que les pays sont mûrs pour la pathocratie, une maladie macro sociale qui peut durer des décennies – et même des siècles. 

Stout identifie six étapes d’une guerre limbique :

Traumatisme collectif : Cela prend la forme d’une catastrophe nationale, comme le 11 septembre, qui « installe un interrupteur de paranoïa non-conscient dans l’esprit des citoyens de la nation. » (110)

Agents de la peur : Que ce soient des malfaiteurs (comme dans le cas du 11 septembre) ou simplement des opportunistes (comme dans le cas de Pearl Harbor), un petit groupe de gens essaiera d’utiliser cette peur collective pour poursuivre leur propre programme, en appuyant de manières répétées sur l’interrupteur de paranoïa. Ces personnes effrayées « tendent à être attirées vers une personnalité autoritaire » comme leader (111). Le reste des étapes dépend du succès de cette étape.

Trouver des boucs émissaires : Les agents de la peur prétendront ensuite qu’un groupe spécifique, habituellement innocent du crime en question, est le responsable. Une telle «réussite à trouver des boucs émissaires ralentit le processus de guérison collective » (111). De cette manière, les guerres et la haine sont initiées par l’influence des agents de la peur sur la majorité des gens.

Régression culturelle : Avec un ennemi concret à accuser, les instincts primitifs comme le désir de vengeance peuvent « cristalliser. » De cette manière, les agents de la peur manipulent nos tendances moralisatrices. La division de la population en « patriotes » et en « traîtres » (ceux qui soutiennent la réponse primitive et ceux qui ne le font pas) identifie et stigmatise ceux qui ne sont pas sensibles aux manipulations. La paranoïa étouffe les dissensions et crée une censure interne.

Reconnaissance et contrecoup : Ultimement, les gens deviennent conscients de la folie de ces gouvernements et leurs chefs sont destitués. Cela peut cependant prendre des décennies. A cette étape précoce, « les protestations commencent, petites et malaisées au début, augmentant à mesure que le temps passe » [p.ex. les mouvements de solidarité en Europe de l’Est à la fin des années 80] (113). Malheureusement, ces protestations ignorent habituellement la question principale – la nature psychologique de ces leaders – et se focalisent sur une question secondaire, par exemple l’homosexualité prétendue de McCarthy ou simplement la corruption de ces fonctionnaires.

Regret et oubli : « A mesure que la peur d’origine créée par le traumatisme commence à s’atténuer, souvent des années plus tard, nous avons du mal à nous rappeler pourquoi nous nous sommes laissés si facilement cooptés par un programme tyrannique. Beaucoup d’entre nous se retrouvent dans un état de dissonance et de culpabilité, et cet état inconfortable encourage l’oubli… » (114)

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Échelle Micro/Macro

Nous pouvons utiliser le petit système social d’un couple hautement dysfonctionnel pour aider à expliquer l’étrange allégeance humaine envers les tyrans destructeurs en général » (120).Dans une relation abusive, la victime, paralysée par une peur permanente, s’accroche à la « protection » de la personne même qui la terrorise. « Une personne battue apprend à ne pas « voir » le comportement flagrant de son partenaire tyrannique… et à interpréter des faits insignifiants comme des preuves montrant que, quelque part très profondément, il prend vraiment soin d’elle. (132)

Commentaire :
En complément, lire Le syndrome de Stockholm.

La méthode implique trois aspects : 1) une prédisposition à la peur (c’est-à-dire un interrupteur de paranoïa déjà existant), 2) l’isolement (c’est-à-dire que les sévices se produisent derrière des portes closes), 3) la conviction que parce que le monde (en réalité, la relation malsaine) est si effrayant, la loyauté envers un protecteur (en réalité, l’abuseur, et le créateur de cette peur) est nécessaire. Quand nous perdons la capacité à reconnaître un comportement pathologique, c’est le premier critère de la genèse du mal à tout niveau ; tout s’ensuit de cette incapacité à lire correctement la réalité objective.

Après tout, nos leaders, comme nos partenaires intimes, sont supposés surveiller nos arrières, et quand nous avons été terrorisés, nous continuons quelquefois à supposer que nos partenaires et nos leaders agissent ainsi, même en face de preuves de danger de mort qu’un époux particulier, ou un certain leader, n’a pas une telle motivation compatissante. (135)

Par exemple, Mao « a toujours promis de prendre soin et de protéger le peuple qu’il brutalisait. Les gens le croyaient. Beaucoup le croient toujours. » (136)

Une peur permanente générée par des mauvais traitements sévères divise psychologiquement les familles, séparant même des membres de la famille qui souffrent du même traitement destructeur des mains de la même personne. … La peur chronique … érode et déforme les liens humains [qui ne sont regagnés que dans la dure période de la pathocratie]. (149)

Dans une démocratie stressée, quand la peur chronique provoque la rupture des liens dans tous les cas, influencer les gens à se séparer selon les désignations de libéraux et conservateurs n’est pas difficile à faire. (150)

De cette manière, les politiciens corrompus peuvent garder leur ennemi (c’est-à-dire le peuple) divisé en se concentrant sur des questions secondaires. Tant qu’une population est occupée à se battre pour le contrôle des armes, l’avortement, la religion, etc., les pervers au pouvoir peuvent passer inaperçus. Si les gens étaient au courant des manipulations utilisés contre eux par leurs leaders, ces manipulations deviendraient inefficaces.

Les témoins et la pleine lumière du jour sont crucialement importants pour notre protection contre les abus et l’abomination des abuseurs. Dans Le Magicien d’Oz, le petit homme derrière le rideau, qui tourne les boutons pour projeter l’image d’un magicien gigantesque et effrayant, clame, « Ne faites pas attention à l’homme derrière le rideau ! » – parce qu’il sait que, dès que les gens tirent le rideau, l’illusion est terminée. (118)

Les hommes qui battent leur femme dépendent du secret sur leurs sévices et font tout ce qu’ils peuvent pour maintenir cette situation. De la même manière, les politiciens corrompus utilisent des médias contrôlés pour présenter leur masque de santé mentale, opérant derrière une facette de propagande bon marché, et conduisent leurs opérations clandestines sous le sceau du « top secret ».

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Politique du Cheval de Troie 

Stout identifie ce qu’elle appelle « les politiciens coucous » d’après l’oiseau qui dépose ses œufs dans le nid d’un autre pour qu’ils y soient élevés.

Un politicien coucou, qui n’est intéressé que par le gain et le maintien du pouvoir individuel, a peu de convictions authentiques, qu’elles soient libérales ou conservatrices, mais beaucoup sont nichés dans un parti politique traditionnel… Le « nid » dérobé sert de base de pouvoir et aussi de camouflage ; nous avons tendance à honorer les étiquettes des partis et à ne pas regarder derrière elles, ce qui rend les purs intérêts personnels difficiles à voir. (158)

Lobaczweski traite de ce phénomène bien plus en détail, en faisant remarquer que les politiciens coucous sont souvent des psychopathes (on les appelle aussi des personnalités machiavéliques), bien entraînés à conserver une façade (un masque de santé mentale) de supercherie et à infiltrer les groupes sociaux et politiques comme des « chevaux de Troie. » 

Stout identifie les diverses sortes de types pathologiques qui aspirent au pouvoir : les psychopathes, les vindicatifs, les obsédés idéologiques, les névrosés, les psychotiques. Tandis que Stout affirme à juste titre que ce sont les actions et non les motivations qui comptent vraiment, Lobaczweski a une compréhension plus approfondie du rôle de chacune des différentes pathologies. Un bref résumé : les schizoïdes fournissent souvent l’idéologie naïve et mal inspirée, les paranoïaques sont les premiers à graviter vers des postes de pouvoir dans les groupes ponérogéniques, et les psychopathes sont la source d’inspiration finale de tout le système pathocratique, en occupant tous les postes influents. Les névrosés, les idéologues, les psychotiques, sont tous des acteurs mineurs mais importants dans un tel système, même à des postes de direction publique (regardez derrière le voile du secret et vous serez sûrs de trouver une éminence grise[2] psychopathique). 

Stout fait remarquer que ces leaders essaient invariablement de rendre leur population honteuse, souvent avec le sexe. Tout comme les pathocrates manipulent les tendances innées des gens normaux à faire confiance et à avoir peur, ils manipulent notre nature morale avec des épithètes grossières, des condamnations moralisantes et des insinuations humiliantes, c’est-à-dire des paramoralismes. Lénine appelait ses adversaires des colporteurs, des domestiques et des Judas. Bush a des théoriciens du complot, des terroristes et des traîtres.

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Un avenir différent 

Comme Stout le fait remarquer dans son livre, il est possible de vaincre ce processus de ponérogenèse avant qu’il n’arrive à pleine maturation sous la forme d’une pathocratie. Mais d’abord, nous devons surmonter le premier critère de la ponérogenèse, c’est-à-dire l’incapacité à reconnaître les individus et les comportements pathologiques comme pathologiques. Stout écrit :

Dans une démocratie, une personne affichant certains de ces comportements, ou tous, ne serait pas bien tolérée dans des circonstances ordinaires. Plusieurs des dix caractéristiques [des agents de la peur] sont clairement peu séduisantes et aliénantes. Mais, à nouveau, ces comportements sont peu séduisants et aliénants dans certaines conditions. A la suite d’un événement national catastrophique, comme le 11 septembre aux Etats-Unis, les conditions sont tout sauf ordinaires. Les gens sont traumatisés, ils désirent que quelqu’un les fasse se sentir en sécurité, et un ancien interrupteur de paranoïa attend encore une fois d’être activé. Dans ces conditions, les agents de la peur prospèrent. Leurs caractéristiques collent si parfaitement avec la réaction traumatique de la population que leurs comportements déterminants sont rarement « vus ». En bref, après avoir été complètement traumatisés, nous ne pouvons pas voir le diable. (186)

Les agents de la peur ont un talon d’Achille : leur nature psychopathique. Quand ils sont exposés comme les petits escrocs qu’ils sont, et que leur nature est comprise scientifiquement et non émotionnellement, ils ne peuvent plus nous berner. Le Dr Stout, bien que ne percevant peut-être pas l’étendue de la malhonnêteté et la brutalité du régime de Bush (elle semble penser que le 11/9 a été orchestré et perpétré par des extrémistes musulmans, contre toutes raisons et preuves du contraire), son ouvrage est une contribution importante au corpus de connaissances croissant contenu sous le titre énoncé il y a des décennies par le Dr Lobaczewski : La Ponérologie politique


Notes

[1] L’amygdale ou complexe amygdalien est un groupe de neurones du cerveau en forme d’amande (d’où son nom) situé au pôle rostral du lobe temporal, en avant de l’hippocampe. Elle fait partie du système limbique et est impliquée dans les émotions en particulier dans la peur et l’agression. Wikipédia (cerveau)

[2] En français dans le texte (NdT)

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