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Publié le 21 Oct, 2008 dans Psychopathie

Dans le cerveau des méchants

(Source : Cyberpresse)

«Psychopathe.» En entendant ce mot, on pense au couple de violeurs-assassins Paul Bernardo-Karla Homolka, aux meurtriers en série William Fyfe et Clifford Olson. Ou à d’autres criminels monstrueusement cruels comme le personnage fictif de Hannibal Lecter, dans le film Le silence des agneaux.

Attention, dit l’expert réputé Bob Hare, seulement 10% des psychopathes sont assez violents pour se retrouver en prison. Où sont les autres? Ils sont ici et là autour de nous, au travail, au bar, dans votre lit, en politique. Ils sont rares, 1% de la population, selon certaines estimations (ce serait 70 000 au Québec). Ce sont des psychopathes « sous-cliniques », des gens qui semblent normaux en surface, mais qui font des ravages autour d’eux sans aucun remords.

Et ils sont certainement surreprésentés dans le monde de la finance, a dit hier M. Hare, invité vedette des Rendez-vous de l’Autorité des marchés financiers (AMF), un colloque annuel lancé il y a trois ans dans la foulée de l’affaire Norbourg.

«Les prisons ne sont pas le meilleur endroit pour étudier les psychopathes. Si j’avais à recommencer, j’irais voir les entreprises de l’ancienne Bourse de Vancouver», a dit M. Hare

Hier, M. Hare, professeur émérite et star internationale du département de psychologie de l’Université de la Colombie-Britannique (UBC), a fait défiler les photos de criminels financiers récemment condamnés: Jeff Skilling (24 ans de prison pour fraude en 2006), l’ancien président de la firme frauduleuse texane Enron; Daniel W. Heath (127 ans de prison pour fraude en septembre dernier), une sorte d’équivalent californien de Vincent Lacroix, qui a fait disparaître 197 millions placés par de petits investisseurs; Brian Slobogian (six ans de prison pour fraude en 2005 et libéré après un an) qui a fait perdre 180 millions à des investisseurs immobiliers de Vancouver. (L’affaire Norbourg n’a pas eu beaucoup d’échos à l’ouest de la rivière des Outaouais; en entrevue, M. Hare a dit à La Presse Affaires ne pas connaître Vincent Lacroix.)

Il pense que les psychopathes, de par leur goût du risque et leur allergie aux règles établies, sont à l’aise dans certains types d’entreprise. «Dans les firmes bien établies, où il y a des règles, ils ne durent pas longtemps», à cause de leur ego disproportionné, leur caractère prompt. «Mais dans un environnement où on fait les règles au fur et à mesure, comme dans le chaos d’une firme en restructuration ou en fusions successives, ils réussissent bien.»

Contrairement aux clichés, le dénominateur commun des psychopathes n’est pas la violence, affirme le professeur Hare: c’est l’insensibilité, l’incapacité de ressentir de l’empathie pour autrui et de former des liens émotifs et l’absence de remords. «Essayer d’expliquer des sentiments à un psychopathe, c’est comme décrire des couleurs à un daltonien», dit-il.

«Ce ne sont pas des malades mentaux, ils font la différence entre le bien et le mal, mais ils ne sont pas comme vous et moi dans leur façon de penser et de ressentir. Ils sont naturellement des machines à enfreindre les règles. C’est comme un chat avec une souris. Le chat se fout des sentiments de la souris et la souris ne comprend rien à ce qui lui arrive.»

Le professeur Hare a commencé à étudier les psychopathes il y a 45 ans, à UBC. Il voulait faire son doctorat en psychologie sur le châtiment. Il a obtenu l’autorisation d’avoir un bureau au pénitencier fédéral à sécurité maximum de New Westminster, où, avait-il entendu dire, certains prisonniers ne répondaient pas à la punition. Durant huit ans, durant les années 1960, il a été confronté à des personnalités manipulatrices, capables de mentir sans vergogne.

À force d’étudier ces personnalités criminelles, M. Hare a été frappé par leur absence de peur du châtiment. Lors d’une expérience scientifique bien connue -racontée par l’auteur Robert Hercz en 2001- M. Hare a recruté des sujets, à qui il demandait de regarder un chronomètre: «Chaque fois que le chrono arrivait à zéro, ils recevaient une décharge électrique sans danger, mais douloureuse. Une électrode collée sur un doigt mesurait la transpiration. Des gens normaux commenceraient à suer durant le compte à rebours, en anticipant nerveusement le choc. Les psychopathes ne suaient pas. Ils n’avaient aucune crainte du châtiment.»

Cela pourrait expliquer pourquoi les fraudeurs n’ont jamais peur de se faire prendre.

 

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