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Publié le 6 Fév, 2015 dans Psychopathie

Criminels psychopathes : des anomalies structurales dans le cerveau

(Source : Psychomédia)

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Les criminels violents psychopathes présentent des anomalies dans des parties de leur cerveau associées à l’apprentissage à partir des conséquences négatives (punition) et positives (récompense), selon une étude publiée dans The Lancet Psychiatry.

«Dans les pénitenciers canadiens, un détenu sur cinq reçoit un diagnostic de psychopathie», indique Sheilagh Hodgins de l’Université de Montréal, coauteure. «Les criminels ayant ce profil présentent des taux supérieurs de récidives et ne répondent pas bien aux programmes de réhabilitation».

«Les criminels psychopathes se distinguent des autres contrevenants de nombreuses façons», ajoute Nigel Blackwood du King’s College London, également coauteur. «Les criminels en général sont très sensibles à la menace ainsi qu’aux comportements colériques et agressifs. Mais les psychopathes réagissent faiblement aux menaces, restent froids et exercent une violence délibérée. De plus en plus de données probantes démontrent que les deux profils de criminels, avec ou sans psychopathie, présentent plusieurs anomalies, propres à chacun, dans leur développement cérébral dès l’enfance».

« Afin de mettre au point des initiatives qui préviennent les crimes et des programmes de réhabilitation qui réduisent le nombre de récidives, il est essentiel d’identifier les mécanismes neuraux qui sous-tendent le comportement violent persistant du psychopathe« , souligne le communiqué.

Les chercheurs ont utilisé l’imagerie par résonance magnétique (IRM) pour étudier la structure et les fonctions du cerveau chez 12 criminels violents avec trouble de la personnalité antisociale et psychopathie, 20 criminels violents avec trouble de la personnalité antisociale sans psychopathie et 18 hommes non criminels en bonne santé. Les criminels étaient reconnus coupables de meurtres, de viols, de tentatives de meurtre et d’infractions ayant causé des lésions corporelles graves.

Ils ont découvert des anomalies structurales dans la matière grise et dans certaines fibres nerveuses de la matière blanche chez les criminels violents atteints de psychopathie.

Commentaire :
ADN différent, cerveau aux fonctions différentes.

«Nous avons observé dans le premier groupe un plus faible volume de matière grise bilatérale (dans les deux hémisphères) dans le cortex préfrontal antérieur et dans des zones des lobes temporaux, par rapport aux autres criminels et aux non-criminels», indique Mme Hodgins. Ces zones sont associées à l’empathie, au traitement des émotions prosociales, comme la culpabilité et l’embarras, et au raisonnement moral. «Des anomalies ont également été relevées dans les fibres nerveuses de la matière blanche du cingulum postérieur qui relie le cortex cingulaire postérieur au cortex préfrontal médian; celles-ci ont été associées au manque d’empathie propre à la psychopathie. Ces mêmes zones jouent un rôle dans l’apprentissage au moyen de récompenses et de punitions», précise-t-elle. »

Afin d’adopter un comportement approprié, tirer des leçons des punitions, réelles ou imaginaires, est essentiel. «La plupart des gens ne se jettent pas devant un autobus parce qu’ils imaginent les graves conséquences d’un accident. Les criminels ne le font pas non plus, ce qui laisse entendre qu’ils apprennent des punitions. Ils n’y sont pas moins sensibles que les autres,» explique Mme Hodgins. «Pendant l’enfance, les criminels psychopathes et non psychopathes sont punis à répétition par leurs parents et professeurs parce qu’ils ne suivent pas les règles ou agressent les autres. Ensuite, à partir de l’adolescence, ils sont fréquemment incarcérés. Ils persistent néanmoins à présenter un comportement violent envers les autres. Les punitions ne semblent donc pas modifier leur comportement

Pendant l’examen IRM, les participants accomplissaient une tâche neuropsychologique qui évaluait leur capacité à ajuster leur comportement lorsque les conséquences de leur réponse passaient de positives à négatives. Les criminels violents échouaient en ne tirant aucune leçon des indices de punition. Ils prenaient de moins bonnes décisions malgré de longues périodes de réflexion.

Les criminels violents atteints de psychopathie, lorsque comparés aux criminels violents sans psychopathie et aux non-criminels, démontraient des réactions anormales aux punitions dans le cortex cingulaire postérieur et dans l’insula lorsqu’une réponse auparavant récompensée était punie. Des recherches précédentes de l’équipe avait montré des anomalies dans les fibres nerveuses de la matière blanche reliant ces deux zones. «Ces résultats suggèrent que le cerveau des criminels violents avec psychopathie est caractérisé par une organisation particulière du réseau des neurones qui sert à apprendre au moyen des punitions et des récompenses.»

Les criminels psychopathes pourraient ne considérer que les conséquences positives possibles à leurs actions, en négligeant les effets négatifs, explique Mme Hodgins. Ainsi, leur comportement mène souvent à une punition plutôt qu’à une récompense, contrairement à leur attente. «La punition indique la nécessité de modifier son comportement. De toute évidence, dans certaines situations, les criminels ont de la difficulté à tirer des leçons de la punition pour modifier leur comportement

«Comme la plupart des crimes violents sont commis par des hommes qui présentent des problèmes de comportement dès le plus jeune âge, des interventions basées sur l’apprentissage qui cibleraient les mécanismes du cerveau à l’origine de ce type de comportement et, par le fait même, les modifieraient, réduiraient de façon importante le nombre de crimes violents», conclut Mme Hodgins.

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