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Publié le 27 Oct, 2011 dans Extrait

Écoute, petit homme !

(Source : Sinouhé l’Artiste)

Aucune force de police au monde ne serait assez puissante pour te 
supprimer s’il y avait, dans ta vie quotidienne, seulement une étincelle de respect de toi-même, si tu
 avais la conviction intime que sans toi, la vie ne continuerait pas un seul jour. Est-ce que ton
 »libérateur » te l’a dit ? Non !

Ce texte est constitué d’un ensemble d’extraits tirés du livre « Ecoute petit Homme » de 1945 écrit par Wilhelm Reich » un des Grands Hommes de ces 2000 dernière années:

Wilhelm Reich, psychiatre et psychanalyste et chercheur est né le 24 mars 1897 à Dobrzcynica, alors en Autriche-Hongrie, aujourd’hui en Ukraine, et mort le 3 novembre 1957 en prison à Lewisburg, Pennsylvanie, États-Unis d’Amérique.

Élève de Sigmund Freud (de qui il s’éloigne plus tard) à Vienne, il est connu pour ses contributions à la sexologie et à la thérapie psychanalytique, son engagement en faveur de l’émancipation sexuelle, sa définition de la cuirasse caractérielle,et ses recherches controversées sur l’« énergie d’orgone ».

Il est un des grands clair voyant du XXème siècle doublé d’ un sage d’une grande lucidité qui à largement contribué à alimenté notre mémoire collective de merveilleuses découvertes que nous ne sommes pas encore en mesure d’utilisées. Il à du faire fasse à la pire adversité et à l’ingratitude de ces contemporains dés lors que ces recherches sont sortie des dogmes établis . Reich était en mesure de nous épargné l’ère Atomique et c’est pour cela qu’il a été tué.

Il est l’artisan lumineux de l’utilisation de l’énergie de l’ORGONE qui sera une des sources de toutes les sublimes transformations de l’homme de demain, une fois que celui ci aura enfin mis un terme à sa dépendance maladive à l’autorité de la bêtise de la masse ignorante au pouvoir macabre remis entre les main d’une poignée de monstres catalyseurs de la violence qui engendre l’auto destruction de la possible grandeur de l’Homme.

Ce texte s’adresse à ceux qui pense bien agir dans la lumière sombre d’une imposture consacré du moment, qui consiste en des indignations de convenances consensuelles permettant de perpétré tout les crimes les plus odieux sans remettre en question le problème de fond. 

À lire sans modération.

 

ÉCOUTE, PETIT HOMME !

par Wilhelm Reich (1897, Dobrzcynica, Autriche – 1957, prison de Lewisburg, USA) 

« Écoute, petit homme ! n’est pas un document scientifique mais un document humain. Il a été rédigé en été 1945 pour les archives de « l’Orgone Institute » et n’était pas destiné à être publié. Il est
l’aboutissement de tempêtes et luttes intérieures d’un homme de science et d’un médecin qui a
observé pendant des décennies, d’abord en spectateur naïf, puis avec étonnement et enfin avec
horreur, ce que l’homme de la rue s’inflige à lui-même, comment il souffre et se révolte, comment il
admire ses ennemis et assassine ses amis ; comment – au moment même où il accède au pouvoir en
assumant la fonction de représentant du peuple – il abuse de sa puissance et la rend pire que celle
dont auparavant il avait à souffrir de la part de certains sadiques des classes supérieures. »

« Écoute, petit homme ! Ils t’appellent « petit homme », « homme moyen », « homme commun » ; ils annoncent qu’un ère nouvelle s’est levée, « l’ère de l’homme moyen ». Cela, ce n’est pas toi qui le dis, petit homme ! Ce sont eux qui le disent, les vice-présidents de grandes nations, les leaders ouvriers ayant fait carrière, les fils repentis des bourgeois, les hommes d’État et les philosophes. Ils te donnent ton avenir mais ne se soucient pas de ton passé. Un médecin, un cordonnier, un technicien, un éducateur doit connaître ses faiblesses s’il veut travailler et gagner sa vie. Depuis quelques années, tu as commencé à assumer le gouvernement de la terre. L’avenir de l’humanité dépend donc de tes pensées et de tes actes. Mais tes professeurs et tes maîtres ne te disent pas ce que tu penses et ce que tu es réellement ; personne n’ose formuler sur toi la seule critique qui te rendrait capable de prendre en main ta propre destinée. »

« Je vais commencer par le petit homme en moi : pendant vingt-cinq ans, je me suis fait le défenseur, par ma parole et par mes livres,, de ton droit au bonheur en ce monde ; je t’ai reproché ton incapacité à t’emparer de ce qui t’appartient, à mettre la main sur ce que tu as conquis de haute lutte sur les
barricades à Paris et à Vienne, par l’émancipation des Etats-Unis, par la révolution russe. Or, Paris a
abouti à Pétain et à Laval, Vienne à Hitler, la Russie à Staline, et l’indépendance américaine pourrait
fort bien se terminer par le régime d’un K.K.K. Tu as mieux su conquérir la liberté que la garder
pour toi et pour les autres. Cela je le savais depuis longtemps. Mais je ne comprenais pas pourquoi,
à peine sorti du marasme, tu t’es enfoncé dans un autre, pire que le premier. Mais peu à peu et en
tâtonnant, j’ai découvert ce qui faisait de toi un esclave ! TU ES TON PROPRE ARGOUSIN. Tu es
le seul et unique responsable de ton esclavage. Toi et personne d’autre ! Voilà qui te surprend ? Tes libérateurs te racontent que les responsables sont Guillaume, Nicolas, le
Pape Grégoire, Morgan, Krupp ou Ford. Quant à tes « libérateurs », ils s’appellent Mussolini,
Napoléon, Hitler, Staline. »

« Moi, je te dis : Ton seul libérateur, c’est toi ! Là, je m’arrête… Je prétends être un combattant de la pureté et de la vérité. Et voilà que j’hésite à l’instant même où je m’apprête à te dire la vérité sur toi, parce que j’ai peur de toi et de ton attitude face à la vérité. Te dire la vérité met ma vie en danger. La vérité apporte aussi te salut, mais elle est la proie de toutes les bandes. Si ce n’était pas le cas, tu n’en serais pas et tu serais un autre homme ! »

« Tu connais mieux Hitler que Nietzsche, Napoléon que Pestalozzi. Un roi a plus
d’importance pour toi qu’un Sigmund Freud. Le petit homme en moi voudrait te conquérir par les
moyens qu’emploient tes führer. Je prends peur de toi quand c’est le petit homme en moi qui
voudrait te « conduire vers la liberté ». Tu serais capable de te découvrir en moi et moi en toi, de
t’effrayer et de te tuer en moi. C’est pourquoi je ne suis plus disposé à mourir pour ta liberté d’être l’esclave de n’importe qui. Je sais que tu ne comprends pas ce que je veux dire par « la liberté d’être l’esclave de n’importe qui » ; j’admets que c’est un problème difficile. »

 » Les petits grands hommes qui tirent leur grandeur d’un grand homme authentique
accaparent les plus hauts postes dans le domaine de la finance, de la diplomatie, de l’administration,
des sciences et des arts — et toi, tu restes où tu étais, dans le bourbier. Tu continues de te promener
en loques pour « l’avenir socialiste » ou le « troisième Reich ». Tu continues de vivre dans des taudis
couverts de chaume, aux murs enduits de bouse de vache. Mais tu es fier de ton « palais de la
culture ». Tu te contentes de l’illusion de gouverner — jusqu’à la prochaine guerre et à la chute des nouveaux maîtres. »

« Dans quelques pays lointains, de petits hommes ont soigneusement étudié ton désir d’être l’esclave »

 » Tes maîtres ont été portés par toi sur le pavois, tu les
nourris en dépit – ou à cause – du fait qu’ils ont laissé tomber le masque. Ils t’ont dit de mille
manières : « Tu es un être inférieur sans responsabilité, et tu le demeureras. » Et tu les appelles
 »Sauveurs », « Nouveaux libérateurs » et tu t’égosilles en hurlant « Heil, Heil » et « Viva, viva ! » »

« C’est pourquoi j’ai peur de toi, petit homme, une peur mortelle ! Car c’est de toi que dépend le sort de l’humanité. Et j’ai peur parce que tu ne fuis rien autant que toi-même. Tu es malade, petit homme, très malade. »

« Aucune force de police au monde ne serait assez puissante pour te
 supprimer s’il y avait, dans ta vie quotidienne, seulement une étincelle de respect de toi-même, si tu
 avais la conviction intime que sans toi, la vie ne continuerait pas un seul jour. Est-ce que ton
 »libérateur » te l’a dit ? Non ! »

« Tu répliques: « Avant de te faire confiance, je voudrais connaître ta philosophie de la vie ! » Or, si je t’exposais ma philosophie de la vie, tu te précipiterais chez le procureur général, tu
alerterais la « Commission des activité anti-américaines », le F.B.I, le Guépéou, la « Yellow Press », le
 »Ku-Klux-Klan », les « leaders des Prolétaires du Monde »… ou bien alors, tu prendrais simplement le
large… »

« Je ne suis ni rouge, ni noir, ni blanc, ni jaune. Je ne suis ni Chrétien, ni Juif, ni Mahométan, ni Mormon, ni polygame, ni homosexuel, ni anarchiste, ni boxeur. J’embrasse ma femme parce que je l’aime et que je la désire, et non parce que je suis l’heureux propriétaire d’un certificat de mariage ou parce que je souffre de frustration sexuelle. Je ne frappe pas les enfants, je ne vais pas à la pêche, je ne tue pas les chevreuils ou les lapins. Mais je suis un tireur d’élite et j’ai l’habitude de faire mouche. Je ne joue pas au bridge et je ne donne pas de réceptions pour répandre mes théories. Si ma doctrine est juste, elle se répandra toute seule. Je ne soumets pas mes oeuvres à quelque médecin d’un service d’état, à moins qu’il connaisse mieux
la matière que moi. Et je décide seul qui a bien compris mes découvertes et ses prolongements. Je
respecte toutes les lois raisonnables, mais je combats les lois dépassées ou déraisonnables (ne te
précipite pas chez le procureur général, petit homme ; car il fait la même chose s’il est honnête). »

« Je voudrais que les enfants et les adolescents puissent connaître le bonheur et l’amour physique et en jouir sans le moindre danger. »

« Je ne pense pas qu’être religieux au sens fort et authentique du terme implique la destruction de la vie sexuelle et le rétrécissement et la paralysie du corps et de l’âme. »

« Je sais que ce que tu appelles « Dieu » existe réellement, mais sous une forme ne correspondant pas exactement à tes conceptions : comme énergie cosmique primaire dans l’univers, comme amour dans ton corps, comme honnêteté et sens de la nature en toi et autour de toi. »

« Le grand homme t’aime simplement, en ta qualité d’animal vivant, d’être vivant. C’est son plus cher désir de ne plus te
voir souffrir comme tu as souffert pendant des millénaires, de ne plus t’entendre radoter comme tu
as radoté pendant des millénaires. Il veut que tu cesses d’être une bête de somme, parce qu’il aime la
vie et qu’il aimerait voir la fin de tes souffrances et de ton ignominie. Tu pousses les hommes vraiment grands à te mépriser quand, profondément meurtris par toi et ta
mesquinerie, il se retirent, t’évitent et – ce qui est pire – commencent à te plaindre. »

« Après avoir relégué le grand homme dans la solitude, tu as oublié le mal que tu lui as fait. Tu as continué à débiter des sottises, à commettre de petites vilénies, à lui assener des coups. Tu as tout
oublié. Mais c’est le propre du grand homme de ne pas oublier : il ne songe pas à se venger, mais il
tente D’EXPLORER LES CAUSES DE TA BASSESSE. »

« Je sais que cette manière de faire dépasse
également ton entendement. Mais crois-moi : si tu fais souffrir cent, mille, un million de fois, si tu infliges des blessures inguérissables – même si l’instant d’après tu n’y songes plus – le grand homme
souffre à ta place, non parce que tes méfaits sont grands mais parce qu’ils sont mesquins. Il aimerait
savoir ce qui te pousse à faire certaines choses, à salir un conjoint qui t’a déçu, à tourmenter un
enfant qui déplaît à un méchant voisin, à railler ou à exploiter une personne aimable, à prendre où l’on donne, à donner où l’on exige, mais à ne jamais donner là où l’on te donne avec amour ; à donner le coup de pied de l’âne à l’homme qui tombe ou qui est sur le point de tomber ; à mentir quand il faudrait dire la vérité, à persécuter toujours la vérité et non le mensonge. Tu es toujours du côté des persécuteurs, petit homme ! »

« Je vais te dire quelque chose, petit homme, tu as perdu le sens de ce qu’il y a de meilleur en toi. Tu l’as étranglé. Tu l’assassines partout où tu le trouves dans les autres, dans tes enfants, dans ta femme, dans ton mari, dans ton père et dans ta mère. Tu es petit et tu veux rester petit.  »

« Tu cherches le bonheur, mais tu préfères ta sécurité, même au prix de ta colonne vertébrale, même
au prix de ta vie. Comme tu n’as jamais appris à créer le bonheur, à en jouir et à le conserver, tu
ignores le courage de l’homme droit. Tu écoutes à la radio les slogans publicitaires sur des laxatifs,
des dentifrices, des déodorants. Mais tu n’entends pas la musique de la propagande. Tu ne te rends
pas compte de la stupidité incommensurable et du goût détestable de ces choses destinées à capter ton attention. As-tu jamais prêté l’oreille aux plaisanteries que l’animateur d’un club de nuit fait sur ton compte, sur lui-même, sur le monde rétréci et misérable ? Ecoute la publicité sur un laxatif et tu sauras qui tu es et comment tu es.  »

« Ecoute, petit homme ! La misère de l’existence humaine s’éclaire à la lumière de chacun de tes petits méfaits. Chacun de tes petits faits repousse plus loin l’espoir d’une amélioration de ton sort. C’est là un sujet de tristesse, petit homme, de profonde tristesse ! Pour ne pas sentir cette tristesse, tu fais de petites plaisanteries minables et tu les appelles l’humour du peuple. On fait les mêmes plaisanteries sur toi et tu ris à gorge déployée avec les autres. Tu ne ris pas pour te moquer de toi. Tu te moques du petit homme sans même savoir que c’est de toi que tu te moques » .

« ll a fallu des millions d’années pour que la méduse se transforme en un bipède terrestre. Ta dégénérescence biologique, sous forme de rigidité, ne dure que depuis six mille ans. Il faudra attendre cent ou cinq cents ou peut-être cinq mille ans pour que tu redécouvres ta propre nature, c’est-à-dire la méduse en toi. »

« C’est à partir d’une erreur vénielle d’un grand homme que tu as construit un système gigantesque de
mensonges, de persécutions, de tortures, de geôles, de bourreaux, de police secrète, d’espionnage,
de délation, d’uniformes, de médailles et de feld-maréchaux – tout le reste a été jeté par-dessus bord.
Est-ce que tu comprends un peu mieux maintenant ta vraie nature, petit homme ? Pas encore. Eh
bien, continuons ! Tu as les « conditions économiques » de la joie de vivre et d’aimer avec une
 »machinerie », la libération des êtres humains avec la grandeur de l’état ; le désir de sacrifice avec la
discipline « stupide » du parti ; la montée des masses avec une parade militaire ; l’émancipation de
l’amour avec le viol de chaque femme que tu as trouvée en occupant l’Allemagne ; l’élimination de
la pauvreté avec l’extermination des pauvres, des faibles, des êtres désarmés ; l’éducation avec la
 »pépinière de patriotes » ; le contrôle des naissances avec des médailles pour « les mères ayant mis au
monde dix enfants ».

« Est-ce que tu n’as pas souffert toi-même à l’idée d’être une mère de dix
enfants ? Dans d’autres pays aussi, ce malheureux petit mot de « dictature » a fait fortune. Là, tu l’as revêtu
d’uniformes rutilants et tu as suscité parmi les tiens le petit « fonctionnaire » impuissant, mystique,
sadique qui t’a conduit au sein du Troisième Reich, causant la mort de 60 millions d’individus de ton
espèce. Mais cela ne t’a pas empêché de hurler « heil, heil, heil ! ». »

« Voilà ce que tu hurles quand quelqu’un te fait la démonstration de ta constipation psychique. Tu ne veux pas écouter, tu ne veux pas savoir. Tu veux crier « hourra » ! Fort bien, mais pourquoi ne me permets-tu pas de t’expliquer calmement pourquoi tu es incapable d’être heureux ? Je vois la peur qui vacille dans tes yeux. Cette question semble te préoccuper. Tu te dis partisan de la « tolérance religieuse ». Tu réclames pour toi la liberté d’adhérer àta religion, parfait. Mais tu vas plus loin : tu voudrais que ta religion soit la seule admise. Tu es tolérant pour ta propre religion, tu n’es pas tolérant pour les autres. Tu deviens fou furieux quand quelqu’un, au lieu d’adorer un Dieu personnel, adore la nature et s’efforce de la comprendre.  »

« Tu ne peux rien faire contre ma vérité, petit homme ! Tout ce que tu peux faire c’est de me tuer, comme tu as tué tes autres amis, Jésus, Rathenau, Karl Liebknecht, Lincoln et j’en passe. Tu peux me « descendre », comme on dit vulgairement. Mais à la fin, c’est toujours toi-même qui « descends ». Et cela ne t’empêche pas d’être un « patriote ». »

« Sais-tu, petit homme, ce que ressent un aigle qui a couvé des oeufs de poule ? Tout d’abord, il pense
qu’il va faire éclore de petits aigles qu’il élèvera et dont il fera de grands aigles. Mais les petits
aigles se révèlent bientôt de petits poussins. L’aigle, désespéré, veut néanmoins en faire des aigles.
Mais il ne voit autour de lui que des poules qui caquettent. Alors, l’aigle a beaucoup de peine à
réprimer son désir de dévorer tous ces poussins, toutes ces poules. Ce qui te retient, c’est le faible
espoir que parmi tous ces poussins se trouvera peut-être un petit aigle qui, en grandissant, deviendra
un grand aigle comme lui-même, explorant à partir de son aire de nouveaux mondes, de nouvelles
idées, de nouvelles formes de vie. C’est ce faible espoir qui empêche l’aigle triste et solitaire de
dévorer les poussins et les poules. Mais ces derniers ne se rendent même pas compte que c’est un
aigle qui les élève. Ils ne remarquent même pas qu’il vit sur une aiguille de rocher, au dessus des
vallées brumeuses et sombres. Ils se contentent de manger ce que l’aigle leur apporte au nid. Ils se
réchauffent et se mettent à l’abri sous ses ailes chaudes quand sévissent l’orage et la tempête qu’il
brave sans la moindre protection. Quand l’ouragan souffle trop fort, ils se sauvent et lui lancent de
loin de petits cailloux aigus pour le blesser. Quand l’aigle voit cette méchanceté, son premier réflexe
est de les anéantir. Mais en réfléchissant il finit par les prendre en pitié. Il ne perd pas l’espoir que
parmi les poussins caquetants, picorants et myopes, il se trouvera un petit aigle capable de devenir
un jour un grand aigle comme lui. L’aigle solitaire n’a jamais abandonné cet espoir. Et il continue de couver de petits poussins.Tu refuses d’être un aigle, petit homme, c’est pourquoi tu es la proie des vautours. Tu as peur des
aigles, tu préfères le grand troupeau ; c’est pourquoi tu te fais manger avec le grand troupeau. Car quelques-unes de tes poules ont couvé des oeufs de vautour. Les vautours deviennent tes Führer
s’acharnant contre les aigles qui voulaient te conduire vers un avenir meilleur. Les vautours
t’apprennent à te contenter de charognes et de quelques rares grains de blé. Ils t’apprennent en outre
à crier « Heil, grand Vautour ! » Et voilà que toi et ceux qui te ressemblent meurent, et tu as toujours
peur des aigles qui couvent tes poussins. »

« Tu as construit ta maison sur le sable et tu agis ainsi parce que tu es incapable de sentir la vie en toi,
parce que tu tues l’amour dans chaque enfant avant même qu’il naisse, parce que tu ne supportes
aucune manifestation de la vie, aucun mouvement libre et naturel. »

« Tu avais le choix entre la montée aux cimes pour devenir le « surhomme » de Nietzsche et la descente pour devenir le « sous-homme » d’Hitler. Tu as crié « Heil » et tu as choisi l' »Untermensch »  »

« C’est parce que tu rejettes ta responsabilité que ta maison est construite sur du sable. Le plafond
s’écroule, mais tu as ton « honneur de prolétaire » ou ton « honneur national ». Le plancher cède sous
tes pieds, mais tu ne cesses de hurler: « Heil, vive le Führer, vive l’honneur allemand, russe, juif ! »
La tuyauterie éclate, ton enfant est sur le point de se noyer, mais tu continues à préconiser la
manière forte en matière d’éducation. Ta femme est alitée, atteinte de pneumonie, mais toi, petit
homme, tu rejettes comme une « invention juive » l’idée de construire ta maison sur du roc. »

« Tu vas assumer le gouvernement du monde et cette idée te fait trembler de peur. Pendant des
siècles, tu assassineras tes amis et tu porteras aux nues les Führer de tous les peuples, de tous les
prolétaires et de tous les Russes. Des jours durant, des semaines durant, des années durant, tu
salueras un maître après l’autre ; tu n’entendras pas le vagissement de tes bébés, tu ne te soucieras
pas de la misère de tes adolescents, de la nostalgie de tes hommes et femmes, etsi jamais tu entends
leurs plaintes, tu les traiteras de bourgeois individualistes. Pendant des siècles, tu verseras du sang
là où il faudrait protéger la vie, et tu t’imagineras que tu instaures la liberté en te faisant aider par tes bourreaux ; par conséquent, tu ne sortiras jamais du bourbier. Pendant des siècles, tu suivras le rodomont, tu seras sourd et aveugle quand LA VIE, quand TA VIE fera appel à toi. Car tu as peur de la vie, petit homme, très peur.  »

« Partout où tu as installé tes petits Führer, on exploite mieux qu’il y a cent ans tes forces vives, on pousse plus loin le mépris brutal de ta vie, on fait fi de tous tes droits ! Et là où tu continues à mettre en place tes propres Führer, on ne respecte plus aucun travail, on se
contente de voler les fruits du travail de tes grands amis. Tu ne rends plus honneur au talent, car tu
crois cesser d’être Américain, Russe ou Chinois libre si tu fais preuve de respect ou de
reconnaissance. Ce que tu comptais détruire prospère plus que jamais, ce que tu comptais préserver et protéger comme ta propre vie, tu l’as détruit. Tu considères la loyauté comme une manifestation de « sentimentalisme » ou comme une habitude « bourgeoise » , le respect du travail de l’autre comme de la « flagornerie ». Tu ne sais pas que tu es obséquieux quand tu devrais faire preuve d’indépendance d’esprit, que tu es ingrat quand tu devrais être loyal.  »

« Tu n’es rien, petit homme, rien du tout ! Ce n’est pas toi qui as créé cette civilisation, mais quelques-
uns de tes honnêtes maîtres. Tu ne sais pas ce que tu construis quand tu travailles sur un chantier. Et
si quelqu’un t’invite à prendre tes responsabilités dans l’oeuvre d’édification, tu conspues le « traître à
la classe ouvrière » et tu vas rejoindre le « Père de tous les prolétaires » qui se garde bien de te dire
cela.

Tu n’es pas libre, petit homme, et tu ne sais pas ce que c’est que la liberté. Tu ne saurais pas vivre sous un régime de liberté. Qui, en Europe, a porté la peste au pouvoir ? Toi, petit homme ! Et aux Etats-Unis ?… Songe à Wilson…  »

« Non, petit homme, tu ne prêtes jamais l’oreille à la vérité, tu
n’écoutes que le tapage. Alors tu hurles « heil ! ». Tu es lâche et cruel, petit homme, tu n’as pas le
sens du vrai devoir, du devoir d’être humain et de sauvegarder ton humanité. Tu imites mal le sage
et bien le brigand. Tes films, tes programmes de radio, tes bandes dessinées ne racontent que des
histoires de crimes.

Tu traîneras ta personne et ta mesquinerie à travers les siècles avant de devenir ton propre maître. Je me sépare de toi pour mieux te servir à l’avenir. Car si je suis loin de toi, je ne risque pas que tu me tues, et une oeuvre lointaine t’inspire plus de respect qu’une oeuvre proche. Tu méprises ce qui est trop près de toi. Tu places ton général ou ton feld-maréchal sur un socle pour mieux le respecter, même s’il est méprisable. C’est pourquoi les grands hommes ont toujours gardé leurs distances par rapport à toi, depuis qu’on écrit l’histoire.  »

« Je sais, petit homme, que ton premier diagnostic est toujours la folie quand tu entends une vérité que tu n’aimes pas. En ce qui te concerne, tu te considères comme l’ « Homo normalis », l’homme normal. Tu as enfermé les fous, et ce sont les normaux qui gouvernent le monde. Qui est donc responsable de tout le mal ? Pas toi, évidemment, tu ne fais que ton devoir, et qui es-tu pour avoir une opinion personnelle ? Je le sais, tu n’as pas besoin de me le ressasser. D’ailleurs, ton sort n’intéresse personne, petit homme. Mais quand je pense aux nouveau-nés que tu tortures pour en faire des « hommes normaux » à ton image, j’ai envie de revenir vers toi pour empêcher ce crime. Mais tu as pris tes précautions en instituant un « Ministère de l’éducation ». »

« Tout ce que tu as retenu de Newton c’est qu’il a vu « tomber une pomme » ; quant à Rousseau, il voulait « revenir à la nature ». De Darwin tu as retenu « la survie du plus fort », mais non « ta descendance du singe ». Tu aimes citer le « Faust » de Goethe, mais tu n’y comprends pas plus qu’un chat aux math’ élém’. Tu es stupide et vaniteux, ignorant et simiesque, petit homme ! Mais tu es passé maître dans l’art d’esquiver l’essentiel et de retenir l’erreur. Je te l’ai déjà dit. Tu exposes ton Napoléon, petit bonhomme galonné d’or, qui ne nous a rien laissé sauf le service militaire obligatoire, dans toutes les librairies, en grands caractères dorés, mais mon Kepler, qui a pressenti ton origine cosmique, ne figure dans aucune bibliothèque. Voilà pourquoi tu n’arrives pas à te dépêtrer du bourbier, petit homme ! C’est pourquoi je te réprimande sévèrement quand tu t’imagines que j’ai sacrifié vingt années de ma vie et une fortune pour te « suggérer » l’existence de l’énergie cosmique.  »

« Tu te précipites sur l’homme généreux, sur celui qui distribue joyeusement ses biens, pour le spolier, mais c’est toi le
pervers et le corniaud et tu infliges à l’homme généreux ces noms. Tu te gorges de son savoir, de son bonheur, de sa grandeur, mais tu ne peux digérer ce que tu as englouti. Tu le rechies aussitôt et la puanteur est épouvantable. »

« Tu es lâche, tu as toujours été lâche. Tu tenais le bonheur de l’humanité entre tes mains, tu as tout gaspillé. Tu as mis au monde des Présidents, tu leur as donné ta mentalité mesquine. Ils se font photographier et reproduire sur des médailles, ils sourient en permanence, mais ils n’osent appeler la vie par son nom, petite fille de la Révolution ! Tu portais le monde dans tes mains, et tu as lâché des bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki; à vrai dire, c’est ton fils qui les a lâchées. Tu as lâché ta pierre tombale, petite femme rongée par le cancer. Avec une seule bombe, tu as expédié dans le silence du tombeau ta classe et ta race toute entière. Car tu n’as pas eu assez de sentiments humains pour lancer un avertissement aux hommes, aux femmes, aux enfants d’Hiroshima et de Nagasaki. Tu n’as pas eu la grandeur d’âme d’être humaine ! C’est pourquoi tu disparaîtras silencieusement, comme une pierre s’enfonçant dans l’océan. Peu importe ce que tu penses ou dis maintenant, petite femme qui a mis au monde des généraux idiots. D’ici cinq cents ans on se moquera de toi, on s’étonnera. Qu’on ne le fasse pas déjà aujourd’hui est une des preuves de la misère de ce monde ! »

« Tu devras apprendre à penser en fonction de la vie, à 
considérer ton évolution depuis la première molécule de protoplasme jusqu’à l’animal humain qui
sais marcher en position verticale, mais qui ne sait pas encore penser correctement. Tu n’as même
pas gardé le souvenir d’événements qui se sont passés il y a dix ou vingt ans, et tu répètes les mêmes
âneries que les hommes ont débitées il y a 2000 ans et davantage. Pis, tu t’accroches à des insanités
telles que « race », « classe », « nation », « contrainte religieuse », « interdiction d’aimer », comme un pou
s’accroche à une fourrure. Tu n’oses pas mesurer du regard la profondeur de ta misère. De temps en
temps, ta tête émerge du bourbier et tu cries « heil ! ». Le coassement d’une grenouille dans une mare
est plus près de la vie ! »

« On t’a démasqué, petit homme, et on a jeté un regard derrière la façade de ta bassesse et de ton minabilisme. On veut que tu détermines le cours du monde par ton travail et tes réalisations ; mais on ne veut pas que tu remplaces un tyran par un autre pire que le premier. On commence à exiger que tu te soumettes plus strictement, petit homme, aux règles de la vie, comme tu l’exiges des autres, que tu t’amendes toi-même avant de critiquer. On connaît mieux ta manie de cancaner, ta cupidité, ton refus de toute responsabilité, bref de ta maladie qui empeste le monde. Je sais que tu n’aimes pas entendre ces vérités et que tu préfères crier « heil », toi qui prétends assurer l’avenir du prolétariat et du « Quatrième Reich ». Mais je suis certain que tu réussiras moins bien que par le passé. Nous avons découvert la clef de ton comportement pendant des millénaires. Tu es brutal, petit homme, derrière ton masque de sociabilité et de gentillesse. »

« Que faire alors ? Je déteste la guerre, ma femme se lamente quand je suis appelé sous les drapeaux,
mes enfants meurent de faim quand les armées prolétariennes occupent mon pays, les cadavres
s’entassent par milliers. Tout ce que je veux, c’est labourer mon champ, jouer après le travail avec
mes enfants, aller le dimanche danser ou écouter de la musique. Mais que pourrais-je faire ? »

« Tu n’as qu’à faire ce que tu as fait jusqu’ici, travailler, donner une enfance heureuse à tes enfants, aimer ta femme. SI TU FAISAIS CELA AVEC DETERMINATION ET PERSEVERANCE, IL N’Y AURAIT PLUS DE GUERRE ; on ne verrait plus tes femmes livrées à la soldates que
 sexuellement affamée de la « Patrie de tous les Prolétaires », on ne verrait plus tes enfants, orphelins,
mourir de faim dans la rue, tu ne fixerais plus sur quelque « champ d’honneur » lointain le ciel bleu
de tes yeux éteints. »

« Quel que soit le mal que tu m’as fait ou que tu me feras, que tu me glorifies comme un génie ou que tu m’enfermes dans un asile d’aliénés, que tu m’adores comme ton sauveur ou que tu me pendes comme espion, tôt ou tard la nécessité t’apprendra que j’ai découvert les lois de la vie, mettant ainsi
entre tes mains un instrument grâce auquel tu pourras diriger ta vie d’une manière consciente,
comme tu as su diriger jusqu’ici seulement tes machines. J’ai été l’ingénieur fidèle de ton organisme.
Tes petits-enfants m’emboîteront le pas et seront de bons ingénieurs de la nature humaine. J’ai
révélé l’immensité du domaine vivant en toi-même, j’ai révélé ta nature cosmique. C’est là ma
grande récompense. »

Les dictateurs et les tyrans, les petits malins et les clabaudeurs, les géotrupes et les coyotes subiront le sort qu’un Sage leur a prédit :

J’ai semé des paroles sacrées dans le monde.

Lorsque le palmier se sera fané, le rocher décomposé ;

Que les monarques glorieux auront été balayés comme feuilles mortes,
Mille arches porteront ma parole à travers les déluges :

Ma parole ne passera pas.

Wilhelm Reich

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