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Publié le 13 Mai, 2016 dans Science de l'Esprit

Disposons-nous réellement d’un « libre arbitre » ?

(Source : Civilisation 2.0)

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… Et si « oui », comment le réveiller ?. En d’autres termes : Sommes-nous autre chose que des « robots » mécanisés, conditionnés, endoctrinés ? Petit voyage depuis la philosophie, et jusqu’à la neurophilosophie, de Spinoza à De Sudres.

Selon Spinoza :

Les hommes ne se croient libres qu’à cause qu’ils ont conscience de leurs actions et non pas des causes (réf.1) qui les déterminent (réf.2).

Dans la continuité de la réflexion que porte cet axiome, le neurophilosophe Daniel-Philippe de Sudres s’interroge et nous interroge : « Est-ce que je suis en train de lire ce texte parce que je le veux, ou parce que « quelque chose » d’extérieur à Moi, cependant installé en moi, le veut pour ou contre moi ? Est-ce ma vraie volonté, ou est-ce mon habitude, elle-même puisant ses conditionnements dans l’habitude d’un autre (…) que j’ai accidentellement observé puis machinalement imité ? Et si je n’étais pas libre ? Et si j’avais envie de savoir tout ce que je pourrais faire de ma vie si je devenais libre ? » (réf.3).

Dans son livre La neuroconnectique, neuroscience de l’éveil, Daniel-Philippe de Sudres se souvient : « il me fut donné de rencontrer des êtres remarquables capables de me dire : « Là, en cet instant, tu regardes vers moi mais tu ne me regardes pas, Moi (réf.4) ».

Puis il nous interroge : « (…) lorsque nous nous observons attentivement, nous constatons la réalité dérisoire de notre alloprogrammicité (ou faculté de nous laisser programmer neuronalement et, d’abord, de nous laisser hypnotiser hormonalement par les évènements) car nous croyons, naïvement, que nous aimons les haricots (ou ne les aimons pas), que nous en avons envie (ou n’en avons pas envie), tandis qu’en réalité, notre « machine » biologique et psychologique qui, à l’origine, était vierge de tout « j’aime » ou « je n’aime pas », « j’ai envie » ou « je n’ai pas envie », fut influencée (…) (réf.4) ».

Quelles assemblées de neurones s’activent alors en notre cerveau quand quelqu’un – qui dit « je » en nous – « aime » ou « n’aime pas » en nous ?

Bien sûr, il s’agit d’être.

Cela, le neuroscientifique s’en exprime dans un autre de ses livres (réf.5), dans lequel il nous interpelle sur cette notable constatation : qui n’a pas expérimenté sans se voiler la face que nous sommes pleins d’étourderies, d’« actes manqués », comme disent les psychologues, de changements et de contradictions parfois aberrantes parce que les groupes neuronaux qui s’activent en nos cerveaux n’ont pas été entraînés à s’interconnecter entre eux, ils s’activent donc séparément les uns des autres, « schizoïdiquement », et il en résulte qu’au lieu d’avoir un « Moi » comme s’en illusionne la psychologie depuis un siècle, nous sommes le lieu d’une multitude de pseudo « moi », conglomérats de « ça », qui se déclarent la guerre en permanence, dans un chaos, une cacophonie effarante.

Dans de telles conditions, ce que j’appelle pompeusement « je » veut rencontrer mon ami Pierre… Mais, le jour « J », une autre coalition de neurones dans mon cerveau décide, en se formant aléatoirement par connexions arbitraires, que « je » (ou ce qui se pense et se croit ainsi être la même personne en s’appelant aussi « je ») ne « le sens pas » ou « me sens mal » ou autre changements…

Celles et ceux désireux d’attraper les mécanismes qui composent ce « Je » en nous, devront s’émanciper du fatras de « ça » en eux s’excusant, se dédouanant pour ces actes manqués « J’étais fatigué… », « Je me suis trompé, c’est humain… » « J’étais obligé de dire oui… », etc. Il nous sera difficile d’accepter que ce « Je » que nous pensions être notre « pilote conscient » n’est pas celui qui de manière neurobiodémocratique (réf.6) pourrait décider en nous. Accepter sans compromis ce qui est dans le moment où nous prenons conscience de cela est la première étape nous conduisant vers l’émergence d’un Je digne de cette appellation en nous.

Pouvons-nous réellement sans devoir nous mentir à nous-mêmes parler de notre soi-pensant « libre arbitre » tant qu’il n’y a personne de stable, de fixe dans notre cerveau pour arbitrer ?

Plus tranchant – quoique aussi plus neuroscientifisant, et pour cause… – que Spinoza, De Sudres ose nous proposer et nous expliquer pourquoi : nous n’avons pas un Moi permanent, les psychologues s’illusionnent, nous avons simplement des assemblées neuronales séparées, dissociées, déconnectées les unes des autres.

Les connecter entre-elles d’une façon très méticuleuse, pédagogique, qu’il a définie dans son « Cours pratique de neuroconnectique » (riche de dizaines d’heures de travaux dirigés que j’ai suivi…), permet l’émergence d’une forme nouvelle de « Moi » qui est très éloigné du Moi des psychologues : il s’agit d’un Je qui prend conscience de lui-même dans le moment présent ; comme là, s’il m’advient de prendre conscience de moi en train de lire ces lignes, je peux comprendre comment « ça » en moi « n’aime pas » ou « aime » ce texte, parce que dans ce moment d’attention je ne suis plus la « pensée » ni l’« émotion » qui m’envahissaient il y a un instant, je suis moi en train d’auto-observer cette pensée ou/et cette émotion qui se met à apparaître puis à fonctionner dans ma tête.

Ce cours est innovant et incomparable par la précision des neurofonctions (réf.6) et des neuroconnections (réf.6) qu’il nous propose d’étudier ; nous y cultivons une présence fine à nous-mêmes, à l’autre, un éveil vers le réel, vers l’instant présent (réf.6), une avancée quotidienne vers un « libre arbitre » de plus en plus libéré car se désidentifiant (réf.6) progressivement des « ça » en nous.

Dans ce cas d’attention née de groupes neuronaux que j’ai connecté entre-eux, dans ce cas de « division de l’attention » (comme il le note dans son livre sur les bases neurales de la neuroconnectique [réf.5]), une réalité tendant vers la permanence ou, pour le moins, une réalité un peu plus stable que notre « réalité » ordinaire (vécue au stade I de veille décrit dans ce livre) parvient à émerger en mon organisme biologique (et, par extension, en mon « organisme » psychologique) et alors je peux, sans plus avoir l’air ridicule, parler de début d’un possible « libre arbitre » émergeant de mes neurones.

Mais il y a encore beaucoup de travail… devant « L’homme et son désir. Une machinerie insensée ! (réf.7) »

A côté du traitement cognitif (neurones) de la problématique de l’absence de libre arbitre chez nous, humains sapiens, tant que nous ne neurofonctionnons pas au stade II de veille, De Sudres nous invite à envisager que nous ne possédons pas de libre arbitre tant que nous demeurons soumis à nos glandes endocrines, il nous convie alors à nous intéresser au traitement affectif (neurones) de cette problématique.

« La formation de centres nerveux – rassemblements de neurones et de synapses (réf.8) – précède, chez les vers, celles de glandes endocrines. L’existence de glandes endocrines (réf.9) nettement indépendantes du système nerveux est un avatar relativement récent de l’évolution (…) » (réf.10). Dans son livre « grand public » de 2008 (réf.4), Daniel-Philippe de Sudres, partant de cette phrase de Jean-Didier Vincent, nous interroge, nous interpelle et s’interroge lui-même.

Puis, il nous explique : « Ce qui « aime » ou « n’aime pas », « désire » ou « ne désire pas », en nous, n’est autre que l’ensemble des programmations neuronales qu’activent et désactivent les structures hormonales de notre « essence », selon le mot cher aux philosophes grecs antiques. Cet ensemble, en termes de neurosciences, n’est autre que notre psychoendocrinotype qui, pour l’exprimer autrement, correspond à la totalité de nos glandes endocrines (réf.11) et de ce que leurs sécrétions – ou leurs absences de sécrétions – produisent sur notre comportement, en termes de motivation – laquelle (motivation) dope ou déprime la « machine » vivante psychologique – autant qu’en termes d’énergie – celle-ci (l’énergie) étant en suffisance ou en manque dans la « machine » vivante biologique qui nous constitue. »

Et le même, dans le même livre, continue de nous expliquer : « Sans choquer personne, rappelons – et enseignons à qui l’ignore – qu’« une micro-injection d’hormone vasopressine dans une minuscule région de l’hypothalamus du hamster induit dans la minute qui suit une scène caractéristique : l’animal se livre d’abord à une toilette minutieuse du museau à l’aide de ses pattes antérieures, puis il lèche et peigne vigoureusement ses flans, ravivant la flamme de ses glandes odorifères avant de les frotter compulsivement aux parois de sa cage (réf.12). C’est donc une longue tranche de comportements, stéréotypée et caractéristique du hamster de bonne famille qui est, là encore, déclenchée par la simple apparition d’une hormone dans un coin du cerveau (…) l’injection de sérotonine (…) à une langouste (…) déclenche une posture caractéristique du mâle amoureux et en situation de défense (…) l’octopamine provoque la posture (…) de la soumission et de l’accouplement chez la femelle (…) » (réf.10).

Évidemment, passant d’un mammifère à l’autre, De Sudres ose nous donner à comprendre que ces mécanismes biochimiques qui commandent le hamster, commandent aussi l’humain que nous sommes et qui se croyait jusqu’à il y a encore dix secondes empli de son « Moi-je » et de son supposé « libre arbitre ».

Puis, dans ce même livre, il en vient à nous présenter ce qu’il nomme « notre psychoendocrinotype », lequel, précise-t-il, « dépend des substances produites par nos glandes endocrines » et « fluctue, d’une part, selon des mécanismes internes d’équilibre des glandes dites complémentaires (les parathyroïdes [réf.13] et les surrénales [réf.14], par exemple) et fluctue, d’autre part, en fonction de nos interactions avec d’autres « machines » biologiques – d’autres « personnes humaines » si les mots vrais semblent choquant à notre vanité de primates doués de parole et d’un semblant de pensée et de générosité. »

Enfin, Daniel-Philippe de Sudres conclut son chapitre en ces termes :

Ainsi, notre psychoendocrinotype nous pousse à « aimer » certains êtres et à en « détester » d’autres, malgré nous. Il nous transforme en « machines » aveugles (…) ; chacun d’entre nous étant une telle « machine » recherchant des structures complémentaires à la sienne, d’un point de vue endocrinien, en vue de s’équilibrer pour évoluer vers ce que le Joël de Rosnay a développé sous le vocable de « rétroaction positive accentuant sa propre différenciation via un générateur aléatoire de variété » (réf.15). De la sorte, nous choisissons des modèles ou, pour exprimer la plus pure vérité au regard de nos connaissances neuroscientifiques d’aujourd’hui : ainsi, sans nous demander notre avis, notre générateur préfrontal de diversité (réf.16), titillé par l’aiguillon hypothalamique (réf.17), lui-même structuré et motivé (réf.18) par nos glandes endocrines et leur influence sur notre comportement, il s’entend par notre psychoendocrinotype… décide pour nous qui nous allons « aimer » et qui nous allons « détester » (…). En réalité, notre psychoendocrinotype « choisit », au gré de processus aléatoires répondant d’une combinatoire mathématique, pour nous et à la place de notre libre arbitre alors inexistant, dans notre entourage, nos amis et ennemis ; quitte à nous contraindre à « décider » d’en changer…

Mettons-nous urgemment au travail, osons réfléchir sérieusement, à ce soi-pensant « libre arbitre » qui semble être aussi illusoire que l’« esprit », l’« âme », le « corps astral » et autres illusions qui se construisent en nous, nous conduisant à imaginer posséder tous ces attributs afin de mieux nous masquer la vérité qui est que nous ne possédons rien sinon, comme l’explique encore le neurophilosophe (De Sudres), l’instant présent, lorsqu’il nous est donné, par hasard voire par l’effort répété de connecter entres-eux nos modules neuronaux usuellement déconnectés, d’être rappelés à prendre conscience de nous-mêmes, voire de solliciter en notre mémoire synaptique la capacité de revenir et revenir encore à un état de conscience où nous sommes suffisamment présents à nous-mêmes pour que l’expression « libre arbitre » ne soit plus une croyance quasi religieuse dénuée d’objectivité, mais commence à avoir physiologiquement du sens.

 


Références

* – Contact : Pour contacter personnellement (hors discussion publique) Daniel-Philippe de Sudres, vous pouvez lui écrire via l’adresse électronique suivante : institut-de-neuroconnectique[at]sfr.fr.
1 – La métaphore de Spinoza, concernant la pierre qui se croit libre parce qu’elle a conscience de son mouvement sans connaître la main qui l’a lancée, est caractéristique de notre état… d’ignorance, de la mécanicité dont nous sommes « alloprogrammativement » l’objet.
2 – Baruch de Spinoza L’Éthique, chapitre III, Éditions Garnier, Paris, 1934
3 – Daniel-Philippe de Sudres, La neuroconnectique, Neuroscience de l’éveil, chapitre 1.0, Édition Charles Antoni, Paris, 2008
4 – Daniel-Philippe de Sudres, La neuroconnectique (2008), chapitre 1.1
5 – Daniel-Philippe de Sudres Neuroconnectique: bases neurales et bases phénoménales conceptuelles – pour une neuroscience des connexions neuronales génératrices de neuroplasticité, Éditions universitaires européennes, Saarbrücken, 2012.
6 – Information complémentaire sur ce terme dans le livre Neuroconnectique: mini-dictionnaire: Pour les neurosciences cognitives connexionnistes et la modélisation des «neurosystèmes» artificiels, Éditions universitaires européennes, Saarbrücken, 2012.
7 – Blaise Cendrars, Emmène-moi au bout du monde, Éditions Gallimard, Paris, 1989.
8 – Structure interneuronale spécialisée dans la transmission d’influx électrique ou d’agents chimiques, lire notre mini-dictionnaire de neuroconnectique au mot « synapse » (réf.6).
9 – Concernant les neurones et paraneurones appartenant à la grande famille des cellules endocrines, Jean-Didier Vincent recommande de consulter, de T. Fujita, S. Kobayashi et T. Uchida : « Secretory aspect of neurons and paraneurons », Biomedical Research, n° 5, supplément, 1984, p. 1-8.
10 – Jean-Didier Vincent, Biologie des passions, Éditions Odile Jacob, Paris 1986.
11 – « Les cellules glandulaires endocrines excrètent les produits qu’elles synthétisent, appelés hormones, dans le sang. Ces cellules peuvent constituer de véritables organes endocrines : adénohypophyse, thyroïde, parathyroïde, corticosurrénale. Dans le pancréas elles se groupent en îlots, dits de Langerhans, qui sont dispersés dans le parenchysme glandulaire exocrine. On rencontre également des cellules endocrines qui ne forment pas elles-mêmes des organes à proprement parler, mais sont localisées dans des organes de composition hétérogène exerçant d’autres fonctions. C’est le cas pour les cellules produisant les hormones sexuelles dans l’ovaire et dans le testicule. A celles-ci s’ajoutent les cellules endocrines de la muqueuse digestive » ; extrait des cours de Ernst Heinen diffusés sur l’ancien site internet www.ulg.ac.eu/histohum/cours ; administré par Olivier Jolois, Université de Liège, Centre d’immunologie, Laboratoire d’histologie humaine.
12 – Jean-Didier Vincent, citant C.F. Ferris et ali, « Vasopressin injected into the hypothalamus triggers, a stereotypic behavior in golden hamsters » Science, 224, pp 521-523, 1984.
13 – « Au nombre de trois ou quatre mais de faible volume puisqu’elles pèsent en moyenne 50 milligrammes chacune, (les glandes parathyroïdes) sont situées (sur notre cou) en dessous de la capsule de la thyroïde. On peut parfois en rencontrer de plus petites encore au sein même de la thyroïde ou dans le thymus. Chaque glande est constituée de cordons de cellules épithéliales séparés par des capillaires operculés et des travées conjonctives qui rejoignent en périphérie une capsule fibreuse. On y trouve également une quantité variable de tissu adipeux, qui peut atteindre cinquante pour cent du volume de l’ensemble, surtout chez les vieillards (que nous serons un jour) » ; extrait des cours de Ernst Heinen diffusés sur l’ancien site internet www.ulg.ac.eu/histohum/cours ; administré par Olivier Jolois, Université de Liège, Centre d’immunologie, Laboratoire d’histologie humaine.
14 – « Chaque surrénale est formée de deux glandes totalement différentes (l’une de l’autre) tant sur le plan de leur origine embryologique que de leurs fonctions : la corticosurrénale et la médullosurrénale : la première intervient dans le maintien de l’équilibre interne, la deuxième pour assurer une réponse adéquate à une situation de stress. La corticosurrénale provient de l’épithélium coelomique mésoblastique. Elle synthétise les stéroïdes surrénaliens. La médullosurrénale dérive de la crête neurale, au même titre que les paraganglions sympathiques. Elle représente un tissu nerveux modifié où les neurones ont acquis essentiellement une activité glandulaire endocrine et produisent l’adrénaline et la noradrénaline » ; extrait des cours de Ernst Heinen diffusés sur l’ancien site internet www.ulg.ac.eu/histohum/cours ; administré par Olivier Jolois, Université de Liège, Centre d’immunologie, Laboratoire d’histologie humaine.
15 – Joël de Rosnay, Le macroscope – vers une vision globale, Éditions du Seuil, Paris, 1975.
16 – En d’autres termes : la « machine » à prendre des décisions, située à l’avant de notre cerveau quelque peu au-dessus de nos yeux.
17 – Une petite structure de moins de deux centimètres carrés, située à la base de notre cerveau, quelque part au-dessus de notre mâchoire supérieure, qui décide pour nous que l’on ait envie de respirer, de boire, de manger ou… de copuler…
18 – Via les structures striées de notre bulbe…