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Publié le 9 Avr, 2016 dans Pratique

Retrouver un sens à la vie… en préparant sa mort

(Source : Santé Nature Innovation)

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La mort idéale serait de mourir d’un coup, sans douleurs, sans même avoir le temps de voir la mort arriver.

Ainsi seraient évitées la déchéance, les souffrances préalables et inutiles.

Cette approche, qui nous paraît évidente, ne l’était pas pour nos ancêtres.

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La « grâce » d’une bonne mort

J’ai découvert récemment la célèbre « Danse des Morts » du peintre allemand de la Renaissance Hans Holbein.

C’est une série de gravures si fines que vous avez besoin d’une énorme loupe pour en voir tous les détails. Ces gravures représentent des personnages de toutes conditions, de la plus humble mendiante jusqu’au pape, en passant par l’empereur, l’impératrice, les rois et reines, dames et chevaliers, bourgeois et artisans, jeunes filles, servantes et jeunes gens, paysans et paysannes, nourrissons et vieillards. Chacun se fait saisir par un squelette hideux et grimaçant, armé d’une faux, représentant la Mort, avant même de s’être aperçu qu’elle approchait.

Pour nos ancêtres, c’était là l’aspect le plus terrifiant de la mort : qu’elle puisse vous prendre par surprise, à tout moment, au détour d’un chemin, dans votre sommeil, sans que nous n’ayez eu le temps de vous y préparer.

C’est pourquoi il existait des prières, oubliées aujourd’hui y compris des chrétiens pratiquants, pour recevoir « la grâce d’une bonne mort », autrement dit une mort à laquelle on aurait eu le temps de se préparer sur le plan spirituel et matériel.

Que la mort existe et attende tout le monde, il était impossible de l’ignorer à cette époque. Il était rarissime dans une famille de ne pas perdre des enfants en bas âge. Accidents, maladies, épidémies, guerres rendaient la mort omniprésente. À chaque décès, des veilles, cérémonies, processions et habits de deuil rendaient la mort encore plus visible à tous, si besoin était.

Mais le simple fait de vivre à la campagne faisait qu’on côtoyait la mort en permanence, ne serait-ce que celle des animaux. Par contraste, qui, parmi nous, a déjà tué un cochon ou égorgé un agneau de ses propres mains ? Ou même un poulet ou un lapin ? Ce geste, que connaissaient les enfants dès le plus jeune âge, participait à rendre la mort extrêmement familière à chacun.

C’est pourquoi la grande terreur n’était pas de mourir, mais de mourir sans préparation.

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Pourquoi se préparer à mourir ?

On voulait d’abord mourir la conscience en paix : avoir le temps de s’être fait pardonner les fautes commises, en réparant les offenses faites à son entourage. Mais aussi, pour toutes les fautes ne pouvant pas être excusées par autrui, demander pardon à Dieu.

Le but était bien sûr de se préparer à entrer dans l’Au-delà. Mais les difficultés de la vie pratique rendaient indispensable de laisser autant que possible ses affaires en ordre, sous peine d’entraîner la mort des personnes qu’on laissait derrière soi. Ainsi, un homme qui terminait le toit de sa maison, ou de creuser un puits, ou de faire les semailles, ou de faire vêler une vache, redoutait de laisser en plan un projet vital pour la survie de sa famille. L’artiste, le savant qui avaient consacré leur vie entière à accumuler un savoir qu’ils étaient les seuls à détenir, craignaient de ne pouvoir terminer une œuvre qui serait irrémédiablement perdue pour la postérité.

C’était une question de responsabilité vis-à-vis du monde que l’on quittait. L’attitude du « après moi le déluge », consistant à mourir sans se soucier de ce qu’il allait advenir ensuite, était considérée comme déplorable. Pendant toute votre vie, vous vous étiez créé des responsabilités en employant des personnes, en mettant des enfants au monde, en engageant des projets. Ces personnes, ces enfants, ces projets allaient continuer à exister après votre mort et il ne fallait pas les compromettre.

Ainsi, très peu de personnes souhaitaient, comme actuellement, avoir dépensé tout leur argent avant de mourir. Au contraire, on avait travaillé et économisé toute sa vie, le but était que cela contribue à laisser derrière soi un monde meilleur. Soit en léguant sa ferme à ses héritiers, pour qu’ils continuent à la faire prospérer et puissent la transmettre, à leur tour, à leurs enfants. Soit, en l’absence d’hériter, on donnait son patrimoine à une bonne œuvre pour améliorer la vie matérielle de pauvres gens, via la construction d’hospices, d’orphelinats ou d’écoles, ou pour améliorer la vie spirituelle de la communauté grâce à la construction d’un édifice public, d’un monastère (pour les plus riches) ou d’un beau vitrail dans une église, d’une peinture ou d’une belle statue, qui pourraient inspirer les générations futures.

Tout cela demandait du temps et de la réflexion, et il valait mieux que la Mort ne vienne pas vous surprendre sans crier gare.

On comprend que, dans cette vision, la question de savoir si l’on allait souffrir avant de mourir paraissait secondaire. Au contraire, si l’on n’avait pas eu le temps de tout faire, par exemple de dire pardon, merci, et au revoir aux personnes que l’on aimait, on était content de gagner des moments de vie supplémentaire, y compris avec une jambe broyée par la roue d’un chariot, une pointe d’arbalète enfoncée dans le ventre, ou le visage gagné par une lèpre affreuse.

Mais au fond, sommes-nous si différents aujourd’hui ?

Souhaitez-vous vraiment mourir d’un coup ?

Celui qui a perdu un proche brutalement, sans avoir eu le temps de lui dire pardon, merci et au revoir, sait combien le deuil est plus difficile, long et douloureux. Sans cesse revient le remords lancinant de n’avoir pas eu le temps de lui dire ces choses si importantes.

Le succès actuel des « assurances-vie » montre que la plupart des personnes qui ont charge de famille craignent que, venant à mourir brutalement, leurs enfants, conjoints ou vieux parents, se retrouvent démunis.

Beaucoup de jeunes familles, où les deux parents travaillent, ont absolument besoin de la présence d’un ou plusieurs grand-parents, dont le décès brutal aurait des conséquences graves pour l’éducation des enfants.

On n’en parle que rarement dans les journaux mais, pour de nombreux employés, il est dramatique que leur chef d’entreprise décède du jour au lendemain. Bien des entreprises ne survivent pas à la mort de leur patron, surtout dans les PME, commerces et entreprises artisanales, privant les clients de prestations sur lesquelles ils comptaient et mettant les employés au chômage.

Réciproquement, ce peut être une catastrophe pour un employeur de perdre du jour au lendemain un salarié qui détenait un savoir clé qu’il n’avait pas pu transmettre.

Si nous réfléchissons un peu, nous nous apercevons donc que, lorsque nous parlons de notre désir de mourir un jour dans notre lit, nous « oublions » de préciser que, bien entendu, il s’agit de mourir une fois accomplies toutes nos tâches, et si possible après avoir passé une dernière soirée dans la tendresse, entouré des personnes que nous aimons, sans laisser de graves conflits ou malentendus non résolus.

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La médecine efficace contre les douleurs physiques

S’il nous reste des choses importantes à faire ou à dire avant de mourir, alors nous préférons que la vie se prolonge un peu, et ce d’autant plus que la médecine moderne nous offre aujourd’hui de très efficaces moyens de supprimer la douleur, sans pour autant nous tuer.

Dans le pire des cas, par exemple pour les grands brûlés, on vous met en coma artificiel, avec l’espoir de pouvoir vous réveiller au moins quelques minutes avant le décès pour dire adieu à votre entourage. Dans les cas moins extrêmes, il y la morphine et même, depuis peu dans certains hôpitaux de pointe (John Hopkins Hospital) la psilocybine, un extrait de champignon hallucinogène qui plonge dans un état de grande sérénité, sans pour autant vous faire perdre conscience ni créer de dépendance, lors de traitements douloureux et inquiétants comme la chimiothérapie.

Nous sommes en passe de gagner la bataille de la douleur. Et si, malgré cela, la demande d’euthanasie ne cesse d’augmenter, c’est évidemment parce qu’il y a un autre problème, sous-jacent, et beaucoup plus grave que celui de la douleur.

Ce problème, c’est le fait de mener des vies qui n’ont plus aucun sens.

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Le plus inquiétant problème

La vie moderne rend possible, voire courant d’atteindre la fin de sa vie en ayant perdu toute raison de vivre.

On n’a plus aucun désir, aucun espoir, aucune conviction ni croyance. Plus personne ne tient à vous, ni n’a besoin de vous. Vous n’avez plus aucune tâche importante à terminer ; aucun message à transmettre ; plus rien à faire ici, et donc plus aucune raison valable de vivre.

La vie elle-même semble absurde, quand bien même elle serait confortable et sans douleur. Alors si en plus vous êtes un poids pour la société et que vous souffrez, et ce depuis des années et sans espoir d’amélioration, pourquoi vivre un instant de plus ?

Quant à la vie après la mort, soit il n’y a rien et donc rien à redouter. Soit il y a quelque chose et, dans ce cas, autant aller voir tout de suite car ce sera de toute façon plus intéressant qu’ici bas.

Dans ce cadre, il est normal que l’on se soit mis à parler partout d’euthanasie. Puisque la vie ne vaut plus la peine d’être vécue, demandons aux médecins de nous faire mourir tout de suite et sans douleur.

On vous augmente vos doses de morphine, non plus pour atténuer vos douleurs mais dans le but de vous faire mourir, parce que vous estimez, ou vos proches estiment, que votre vie n’en vaut pas la peine, qu’elle n’est « plus digne ».

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Retrouver d’urgence un sens à la vie

C’est donc cette question qu’il nous faut résoudre de toute urgence.

Que dois-je faire aujourd’hui, non pour éviter la douleur physique puisqu’on sait que les moyens techniques existent désormais dans les centres de soins palliatifs, mais pour éviter la terrible souffrance psychique d’avoir l’impression d’avoir raté sa vie, et de mourir dans l’absurdité et privé de tendresse ?

Il n’existe pour cela à vrai dire qu’un seul moyen : nous concentrer sur la seule tâche qui en vaille la peine, à savoir découvrir et exploiter tous les talents que nous avons pour contribuer, à notre échelle, à embellir le monde.

Commentaire :
Et ça se passe maintenant, pas demain ou « lorsque j’aurai le temps ». On a toujours le temps, on ne le prend simplement pas.

Chacun, selon sa situation, peut trouver des moyens d’embellir le monde : dès que vous déclenchez un sourire sur un visage, le monde devient plus beau. Dès que vous cuisinez un plat qui répand une bonne odeur, qui réjouit les personnes autour de vous, le monde devient plus beau.

Dès que vous arrachez une mauvaise herbe, que vous taillez un arbuste, le monde devient plus beau. Et si vous parvenez à faire s’épanouir un rang de salades bien vertes, de magnifiques carottes, de beaux poireaux appétissants, le monde devient plus beau encore.

Que dire alors si, sous vos mains, fleurissent des arbres fruitiers, des roses éclatantes, des massifs de rhododendrons ?

Et que dire si vous réjouissez un enfant en lui racontant de belles histoires, en chantant des chansons, en lui apprenant un magnifique poème ?

Que dire, enfin, si, rendant votre maison pimpante et accueillante, vous en faites un foyer de joie et d’amitié, où s’accumulent pour vous et les personnes que vous aimez des souvenirs plein de douces émotions ?

C’est ainsi que vous pourrez peut-être rêver un jour, non de mourir brutalement, sans vous en apercevoir, mais au contraire lentement, calmement, baigné dans une mer… de tendresse.