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Publié le 10 Avr, 2013 dans Science du contrôle

Le génie génétique, l’eugénisme et l’idéologie des riches

(Source : Mondialisation.ca)

Quels que soient les buts publiquement affichés du domaine des organismes génétiquement modifiés (OGM) et bien que ses conséquences sur la santé, l’environnement et les producteurs de coton en Inde soient terribles, cette industrie a un aspect encore plus ténébreux.

Afin de gouverner et de contrôler une population autrement que par la violence, il faut obtenir son consentement au moyen de ce que Louis Althusser appelait les appareils idéologiques de l’État : le système éducatif, le divertissement, la religion, le système politique etc. Le livre de Noam Chomsky La fabrication du consentement traite du rôle important des médias dans ce système  et Antonio Gramsci a beaucoup écrit au sujet de l’hégémonie, des méthodes utilisées par la classe dominante pour légitimer sa position aux yeux des dominés, une sorte de « coercition acceptée » qui camoufle la véritable main du pouvoir.

Cependant, l’eugénisme est probablement la forme la plus fondamentale et la plus efficace de contrôle social. Cette philosophie vise entre autres à réduire la capacité de reproduction des personnes les « moins désirées ».

On craint de plus en plus que l’eugénisme soit utilisé afin de contrôler la population et se débarrasser de segments entiers de la population mondiale considérée comme « excédentaire ». En Occident, une grande partie de la population sera définitivement sans emploi ou sous-employée en raison de l’automatisation et de la délocalisation du travail. La promotion du contrôle des naissances est au programme depuis plusieurs décennies déjà dans des endroits comme la Chine, l’Inde et le continent africain.

Le baron des médias et milliardaire étasunien Ted Turner croit qu’une population mondiale de 2 milliards d’individus serait idéale et le milliardaire Bill Gates a promis des centaines de millions de dollars pour améliorer l’accès à la contraception dans les pays en voie de développement. Fondée sur la prémisse erronée voulant que la planète soit surpeuplée, l’idée d’une population réduite signifie que les élites et les mieux nantis pourront réduire la concurrence pour l’appropriation des ressources qu’ils convoitent tant et maintenir un niveau élevé de consommation. Gates a également acheté des actions de Monsanto à hauteur de quelque 23 millions de dollars. Il a l’intention d’aider Monsanto à répandre ses OGM à grande échelle en Afrique.

Voici où cela devient intéressant. En 2001, Monsanto et DuPont ont acheté une petite entreprise de biotechnologie nommée Epicyte qui avait créé un gène causant la stérilité chez l’homme et la femme. Aux États-Unis, les aliments génétiquement modifiés sont déjà sur le marché et ne sont pas étiquetés. Le secteur des OGM a dépensé des millions pour assurer le statu quo. Les citoyens étasuniens n’ont donc aucune idée de ce qui peut se trouver dans leur nourriture. Par ailleurs, aucune étude indépendante n’a été effectuée sur l’impact de ces aliments sur la santé.

Aimeriez-vous savoir si ce que vous mangez est dommageable pour la santé (d’après le professeur Seralini de l’université de Caen en France)?

Aimeriez-vous savoir si ce que vous mangez contient quelque chose qui pourrait vous rendre stérile?

Le père de Bill Gates a longtemps été impliqué dans  Planned Parenthood (Planification parentale):

« Lorsque j’étais jeune, mes parents faisaient toujours du bénévolat. Mon père était à la tête de l’organisation Planned Parenthood, une organisation très controversée. »

La citation ci-dessus provient d’une interview de 2003 avec Bill Gates.

Planned Parenthood a été fondé selon le concept voulant que la plupart des êtres humains sont des reproducteurs inconsidérés. Gates senior est co-président de la fondation Bill & Melinda Gates et guide la vision et la voie de la fondation, largement centrée sur la promotion des OGM en Afrique et le financement de l’Alliance for a Green Revolution in Africa (Alliance pour une révolution verte en Afrique, AGRA).

La fondation Gates a donné au moins 264,5 millions de dollars à AGRA. D’après un rapport publié par La Via Campesina (La Voie paysanne) en 2010, 70 % des récipiendaires des fonds d’AGRA au Kenya travaillent directement avec Monsanto et 80 % des fonds de la fondation Gates sont voués à la biotechnologie. Le rapport explique également que la fondation Gates a promis 880 millions de dollars pour la création du Global Agriculture and Food Security Program (GAFSP), un promoteur acharné des OGM.

Au lieu d’épouser et de soutenir un véritable essor de la souveraineté alimentaire et d’aborder les problèmes économiques et politiques sous-jacents à l’origine de la pauvreté, la fondation Gates a choisi de promouvoir une agriculture contrôlée par l’entreprise privée, laquelle a dépossédé les agriculteurs.

Alors que le secteur des OGM continue de frapper à la porte de l’Inde, nous avons tous les droits de nous inquiéter, non seulement des conséquences néfastes des monopoles des semences et des OGM sur la santé et l’environnement, lesquelles sont bien documentées, mais aussi des types de gènes pouvant se trouver à notre insu dans notre nourriture.

Le chercheur F William Engdahl affirme que l’on ne peut pas comprendre le génie génétique sans d’abord regarder l’hégémonie  étasunienne. Des personnalités éminentes aux États-Unis ont financé la « révolution verte » dans le secteur agricole de pays en voie de développement afin de créer de nouveaux marchés pour les engrais pétrochimiques et les produits pétroliers ainsi que pour accroitre la dépendance envers les produits énergétiques. La nourriture est maintenant devenue une arme assurant la domination mondiale.

Les problèmes du monde ne sont pas causés par la surpopulation, mais par l’avarice et un système de propriété assurant le flot de la richesse de la base au sommet. Il ne faut pas stopper la croissance de la population, mais plutôt changer une mentalité et un système mondial généralisé fondés sur une dépendance démesurée des produits pétroliers et le tarissement des ressources naturelles et dont les États-Unis sont le principal coupable.

Les milliardaires comme Ted Turner croient que l’on doit continuer à consommer à tout prix, en autant que l’on réduise la population. Il s’agit de l’idéologie des riches qui voient le reste de l’humanité comme un problème « dont il faut s’occuper ». Il affirme qu’il y a « trop de gens qui utilisent trop de choses ». Il ne peut pas être plus dans l’erreur. Par exemple, les pays en développement comptent pour plus de 80 % de la population mondiale, mais ne consomme qu’environ le tiers de l’énergie mondiale. Les citoyens étasuniens en consomment quant à eux 24 % mais ne représentent que 5 % de la population mondiale. En moyenne, un citoyen étasunien consomme autant d’énergie que deux Japonais, six Mexicains, 13 Chinois, 31 Indiens, 128 Bangladeshis, 307 Tanzaniens et 370 Éthiopiens (mindfully.org).

Alors, devrions-nous nous inquiéter qu’un secteur extrêmement connecté politiquement possède des technologies permettant la manipulation  génétique des aliments et un gène qui pourrait être utilisé (ou l’est déjà) pour la stérilisation forcée? Bien sûr que nous devrions nous inquiéter. Il s’agit d’un secteur dont le but affiché est de contrôler toute la chaîne alimentaire, donc, implicitement, la population mondiale.

Commentaire :
Comme je l’écrivais dans mon dernier livre :

Greenpeace titrait un article en novembre 2008 : « OGM : effets négatifs sur la fertilité – Nouvelle étude scientifique révélatrice » dans lequel nous pouvons lire :

Une étude publiée aujourd’hui par le gouvernement autrichien révèle que les OGM menacent la survie des espèces. La fécondité des souris de laboratoire nourries avec du maïs OGM, notamment avec du maïs contenant les gènes du maïs transgénique MON810 de Monsanto, diminue fortement dès la troisième génération.

[…]

Les OGM dans l’alimentation ont des effets long terme indéniables sur la capacité reproductrice. Dès la troisième génération, les descendants des souris nourries avec du maïs transgénique sont inférieurs en nombre et en taille.Cette nouvelle étude scientifique identifie des risques potentiels énormes, qui restent à évaluer pour la santé et la survie de l’humanité.

Après tout, cela n’a rien d’étonnant. Dès le départ, le génie mercantile des fabricants d’OGM avait tôt fait de modifier des commutateurs génétiques dans les plantes, soit pour activer soit pour réprimer l’expression génétique de traits spécifiques, notamment celui de la fécondité, afin de rendre les semences… stériles. Ce sont les controversés OGM dits «terminator» qu’il faut racheter chaque saison. 1+1=2. Réprimons l’expression génétique de la fécondité dans nos aliments et il y a fort à parier que ceci se répercute sur notre propre fécondité. C’est le gros bon sens qui vient nous dire bonjour.

Dans le monde d’aujourd’hui, piloté par la technologie, les sociétés publiques et privées utilisent une panoplie complète de moyens de haute technologie pour nous contrôler. Il y a quelques décennies, le théoricien et philosophe Herbert Marcuse avait résumé le problème auquel était confrontée la société moderne en disant que les capacités intellectuelles et technologiques de la société contemporaine sont bien plus grandes qu’auparavant, ce qui signifie que l’ampleur de la domination de la société sur l’individu est elle aussi bien plus grande qu’auparavant. Cela est d’autant plus vrai en ce qui concerne le domaine du génie génétique.

 

Colin Todhunter

Article original en anglais : Genetic Engineering, Eugenics and the Ideology of the Rich

Traduction : Mondialisation.ca

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