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Publié le 14 Nov, 2011 dans Manifestations et résistance

Montréal : 30 000 étudiants manifestent contre la hausse exorbitante des frais de scolarité

(Source : Radio-Canada)

Des milliers d'étudiants ont manifesté contre la hausse des frais de scolarité, à Montréal, le 10 novembre 2011. © PC/Paul Chiasson

 

Des milliers d’étudiants ont défilé jeudi dans le centre-ville de Montréal pour protester contre la hausse des droits de scolarité de 75 % sur cinq ans décrétée par Québec.

Si les organisateurs parlaient d’une foule de quelque 30 000 manifestants par un après-midi pluvieux et frisquet, les estimations officielles s’arrêtaient plutôt à 12 000.

La grande marche organisée à Montréal par des associations étudiantes de partout au Québec pour protester contre la hausse des droits de scolarité s’est terminée par des discours de leurs représentants.

« Aujourd’hui, dans les rues de Montréal, c’est l’avenir du Québec qui se lève et se met en marche », a notamment lancé le secrétaire général de la Table de concertation étudiante du Québec, Simon Gosselin.

Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a recensé quelques incidents survenus en marge de la manifestation. Un petit groupe d’une quinzaine de personnes aurait lancé des projectiles remplis de peinture sur les fenêtres du bureau du premier ministre Jean Charest. Aucun blessé n’est à déplorer, et les policiers ont procédé à quatre arrestations.

© Bruno Maltais

 

Des travailleurs syndiqués, des groupes sociaux des quatre coins du Québec et des politiciens se sont associés au mouvement, dont plusieurs députés du Parti québécois, qui appuie les étudiants et estime que les hausses des droits de scolarité nuiront à l’accessibilité aux études supérieures. Amir Khadir et Françoise David, porte-parole de Québec solidaire, ont eux aussi pris part à la marche.

La semaine dernière, les centrales syndicales québécoises, regroupées au sein de l’Alliance sociale, avaient annoncé qu’elles appuieraient les étudiants dans leur bataille et qu’elles marcheraient à leurs côtés durant la manifestation.

Dans plusieurs villes, dont Québec et Sherbrooke, des étudiants ont manifesté devant leurs institutions avant de prendre la route pour Montréal.

Selon le décompte fait par la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) et la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ), plus de 200 000 étudiants étaient en grève partout dans la province jeudi, soit près de la moitié des étudiants de niveau postsecondaire au Québec.

 

La source de la contestation

À compter de 2012, les droits de scolarité augmenteront de 325 $ par année pendant cinq ans au Québec, pour une hausse totale de 1625 $. À terme, le montant annuel pour une année d’études universitaires passera donc d’environ 2200 $ à 3800 $ par année, ce qui le ferait toutefois demeurer parmi les plus bas au pays.

La FEUQ estime qu’avant de passer la facture aux étudiants, le gouvernement devrait présenter une évaluation des besoins réels des universités.

« On est en train de demander à des étudiants, les plus pauvres, d’aller payer pour, finalement, dépenser de l’argent, mais on ne sait même pas où on va le mettre », a déclaré en entrevue Martine Desjardins, présidente de la FEUQ.

« C’est quand même assez étonnant de voir un gouvernement essayer de justifier que tout le monde va avoir accès aux études universitaires, mais jamais être capable de chiffrer les besoins des universités », a souligné Mme Desjardins.

De son côté, le président de la FECQ estime que les prêts et bourses ne correspondent pas aux besoins actuels des étudiants.

« À titre d’exemple, tous les enfants de la classe moyenne, pratiquement, n’ont pas accès aux bourses du gouvernement du Québec. En fait, dès que notre famille fait un revenu de 60 000 $, donc deux parents à 30 000 $, on a accès à zéro bourse, ce qui fait en sorte que 80 % des étudiants universitaires n’ont pas accès aux bourses gouvernementales », a expliqué à RDI Léo Bureau-Blouin, l’un des membres du comité d’organisation de la manifestation montréalaise.

Il suggère au gouvernement de trouver de nouvelles façons de financer les institutions postsecondaires plutôt que de demander un effort de plus à la classe moyenne, qui a déjà de la difficulté à joindre les deux bouts. Léo Bureau-Blouin souligne entre autres que les ponctions financières pourraient plutôt être faites lorsque les étudiants ont terminé leurs études et trouvent un emploi.

© Bruno Maltais

 

Le gouvernement garde le cap

À l’Assemblée nationale, Jean Charest a réitéré la volonté de son gouvernement d’accroître les droits de scolarité. Le ministre des Finances, Raymond Bachand, soutient qu’un diplômé universitaire gagne de 600 000 $ à 700 000 $ de plus dans sa vie qu’une personne qui n’a pas un tel diplôme. C’est donc selon eux une question d’équité que les étudiants assument une plus grande partie des frais de leurs études.

La ministre de l’Éducation, Line Beauchamp, fait aussi remarquer que dans cinq ans, malgré la hausse prévue, les droits de scolarité québécois n’auront pas atteint l’actuelle moyenne canadienne.

Le Parti québécois soutient de son côté qu’il s’agit d’un choc tarifaire qui nuira à l’accessibilité aux études supérieures, découragera de nombreux étudiants et alourdira le fardeau des parents.

« C’est dommage que le Québec essaie de s’aligner sur d’autres, au lieu d’y aller avec ses propres principes, ses propres valeurs. Tout ce que la Révolution tranquille nous a inspiré en termes de rattrapage en éducation, on devrait rester là-dessus », a déploré la députée péquiste de Taillon, Marie Malavoy.

Les principales associations patronales du Québec ont fait une sortie commune, jeudi, pour exhorter le gouvernement du Québec à maintenir sa décision de hausser les droits de scolarité.

Le regroupement estime que Québec doit maintenir un financement adéquat afin que la formation des étudiants soit de grande qualité. « Les étudiants québécois ne contribuent que pour 12,7 %, contre 25 % dans le reste du Canada, créant un manque à gagner de 700 millions de dollars », a déclaré la PDG de la Fédération des chambres de commerce du Québec, Françoise Bertrand.

En septembre, le Comité consultatif sur l’accessibilité financière aux études, rattaché au Conseil supérieur de l’éducation du Québec, a indiqué que la hausse des droits pourrait entraîner une baisse de l’effectif universitaire de l’ordre de 2,5 %, sans toutefois remettre en question la majoration de 325 $ par année décidée par Québec.

© Bruno Maltais

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