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Publié le 17 Mar, 2012 dans État policier

Canada : le Québec est devenu un État policier

(Source : Cyberpresse)

Les policiers avaient atteint leur but: déranger une simple marche qui se déroulait dans le calme, écrit Gabriel Boisclair. PHOTO ANDRÉ PICHETTE, LA PRESSE

Nous vivons dans un État policier.

Jeudi soir, j’ai constaté que l’expression de mes idées politiques était réprimée par des grenades. J’ai encore la vision de l’explosion à quelques mètres de mon visage, j’ai encore les oreilles qui résonnent.

J’ai fait l’expérience de la répression gratuite et arbitraire. Non, ce n’est pas vrai, ce n’était pas vraiment arbitraire. C’est parce que nous défendions des idées politiques critiques que nous avons eu droit à la police antiémeute et à des explosifs.

La manifestation contre la brutalité policière se déroulait dans un calme incroyable, de la manière la plus pacifique qui soit. Nous étions à la queue de la manifestation, des policiers nous suivaient, pas trop loin derrière. Nous marchions tranquillement dans la rue Sherbrooke.

Près de la rue Hutchison, les policiers ont commencé à charger. Nous n’avons jamais été avertis de quoi que ce soit. Jamais les policiers, qui étaient pourtant très présents et commençaient à nous encercler, ne nous ont prévenus que la manifestation était devenue «illégale» ou que nous devions nous disperser. Il n’y avait pas de casse, pas de violence, il n’y avait même pas de slogans antipoliciers pour «excuser» leur charge. Rien du tout, on ne faisait que marcher.

Les policiers ont chargé sans nous rentrer dedans. Pas encore. C’était de l’intimidation, tout simplement. Quand ils ont chargé, plusieurs manifestants ont commencé à courir, en panique. Les policiers avaient atteint leur but: déranger une simple marche qui se déroulait dans le calme. Et faire peur, car oui, ça faisait peur. Entendre et voir des dizaines de policiers en armures courir derrière toi, ça fait peur. Tu ne sais pas ce qu’ils vont faire. Tu te dis que tu n’as rien fait, qu’il n’y a pas eu de grabuge, alors pourquoi chargeraient-ils? Pourquoi frapperaient-ils? Mais ils approchent et ils font du bruit, alors tu paniques et tu cours.

Puis nous nous sommes ressaisis et nous avons recommencé à marcher calmement. Peu de temps après, boum! Une grenade assourdissante explose à quelques mètres devant moi, environ un pied au-dessus de ma tête, c’est-à-dire à deux mètres du sol. C’est la première fois que je voyais une explosion d’aussi près. Le son de la déflagration résonne encore dans mes oreilles.

La panique gagne plusieurs manifestants, qui recommencent à courir. Boum! Une autre grenade explose non loin. À ce moment, la police antiémeute charge pour vrai et un manifestant se fait engloutir par les policiers. La grenade atteint son but: séparer la manifestation. Je fais partie du lot qui se fait séparer. Nous marchons dans la rue Aylmer, car les policiers nous empêchent de rejoindre la manifestation rue Sherbrooke. Ils utilisent des arguments convaincants: boum! Une autre grenade explose derrière nous.

Ma copine et moi décidons alors que c’est terminé pour nous. Nous parvenons à nous éloigner de la manifestation et des policiers. C’est terminé pour nous, mais seulement pour cette fois-ci. Car une telle violence gratuite nous révolte. La répression policière basée sur le profilage politique, c’est digne d’un État policier.

Nous sommes en colère.

Et nous imaginons bien comment peuvent être en colère ceux qui reçoivent des coups et se font arrêter parce qu’ils manifestent. Comment ceux qui sont victimes chaque jour de la répression policière doivent être encore plus en colère. Nous comprenons pourquoi nombreux sont ceux qui haïssent la police, pourquoi il y a un sentiment de révolte dans l’air.

Nous retournerons aux manifestations. Ils ne nous auront pas comme ça. Pas avec la peur. S’il faut lutter pour la démocratie, alors nous lutterons.

 

Gabriel Boisclair
L’auteur détient un baccalauréat en science politique et étudie présentement en acupuncture au cégep.

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