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Publié le 17 Jan, 2014 dans Endoctrinement

Canada : destruction du patrimoine scientifique

(Source : Le Devoir – Merci à Noémi)

4344819_5_bf2c_livres-et-revues-jetes-en-vrac-dans-un_eff56a031f71c0643be1869e8df659f3Des livres au rebut, d’autres partis garnir les tablettes de chercheurs, de consultants et de simples citoyens. Des cartes éparpillées sur les tables et le plancher. Le portrait que dressaient récemment des scientifiques ayant assisté au démantèlement de la bibliothèque de l’Institut des eaux douces, de Pêches et Océans Canada, à Winnipeg, a fait jaser à travers le pays. Et a soulevé une vague d’indignation.

Au point où un ancien ministre des Pêches sous Brian Mulroney, le conservateur Tom Siddon, a déclaré, sur les ondes de la CBC, que la fermeture de bibliothèques par le gouvernement avait quelque chose  » d’orwellien parce que certains pourraient croire que cela est motivé par la volonté d’éliminer toutes conclusions scientifiques impopulaires et pouvant interférer avec les objectifs économiques du gouvernement « .

Chez Pêches et Océans, on est catégorique. Sept bibliothèques sont fermées parce que pratiquement personne ne s’y présente. La presque totalité des demandes de consultation se font en ligne. Il est donc possible de réunir tout le matériel dans les quatre établissements qui resteront et de continuer de servir la clientèle.

On affirme avoir déjà digitalisé plus de 30 000 des quelque 660 000 documents inventoriés et on dit poursuivre le processus, en fonction de la demande. Les seuls documents éliminés sont ceux que le ministère avait en double ou qui ne correspondent pas à son mandat, insiste-t-on. Les documents sont d’abord offerts à des organismes de recherche ou des établissements d’enseignement, à d’autres bibliothèques, puis aux chercheurs et fonctionnaires, et ensuite au public. De plus, les collections continueront d’être enrichies, le budget à cet effet ayant été maintenu, assure-t-on.

Depuis la diffusion d’images, en juin dernier, d’un conteneur rempli de livres à la sortie de la bibliothèque de l’Institut Maurice-Lamontagne, à Rimouski, le doute s’est toutefois installé. Les chercheurs craignent la perte, non seulement d’une institution précieuse, mais de documents inestimables.

Pêches et Océans n’est pas le seul ministère à éliminer ses rayons. Selon la liste dressée par l’Association des bibliothèques du Canada, la Commission de la fonction publique, le ministère des Transports, celui de la Citoyenneté et de l’immigration, celui des Ressources humaines et du Développement des compétences et celui des Travaux publics et des Services gouvernementaux ont fermé ou fermeront leur bibliothèque. L’Agence canadienne du revenu va regrouper ses neuf bibliothèques en une seule. Parcs Canada fera de même avec ses cinq bibliothèques régionales. Ressources naturelles fermera six de ses 14 bibliothèques. Environnement Canada fait de même. Le budget de Bibliothèque et Archives Canada a été amputé de 10 %, ce qui se traduira par la perte de plus de 200 postes sur trois ans.

Cette tendance n’est pas anodine et ne présage rien de bon pour l’élaboration des futures politiques publiques. La spécialisation des bibliothèques avait une raison d’être : assurer une expertise dans les domaines choisis, ce qui permettait de soutenir le travail des scientifiques et des fonctionnaires appelés à formuler des politiques reliées à ces secteurs. S’il est vrai que peu de gens du public se présentaient en personne aux diverses bibliothèques de Pêches et Océans, les fonctionnaires et scientifiques fédéraux s’en servaient, eux, avec régularité.

Et la plupart des chercheurs sont persuadés que tout ne peut être digitalisé ou ne peut l’être aisément, surtout lorsqu’on parle de documents centenaires, de rapports d’enquête de milliers de pages ou de cartes anciennes.

(La bibliothèque de l’Institut Maurice-Lamontagne était, par ailleurs, la seule bibliothèque francophone du genre au sein de Pêches et Océans et elle desservait des institutions de la région. Sa collection sera maintenant à des centaines de kilomètres de là.)

Les fermetures de bibliothèques scientifiques à Pêches et Océans Canada ont touché un nerf sensible, car elles viennent renforcer le sentiment que ce gouvernement a une dent contre la science, surtout dans le domaine de l’environnement. Et qu’il veut absolument éviter sa trop grande diffusion. N’a-t-il pas tenté de museler ses scientifiques ?

Et dans bien des cas, il leur a aussi coupé les vivres. Il a mis la clé dans des stations de recherche environnementale et marine qui exigeaient des budgets dérisoires. Il a réduit la plupart de ses budgets de recherche intra-muros. Pêches et Océans et Environnement Canada ont particulièrement écopé. Du coup, c’est toute la capacité du gouvernement fédéral de surveiller et de protéger l’environnement qui en souffre.

La ministre des Pêches, Gail Shea, dit vouloir préserver le savoir scientifique, mais tout en respectant les fonds publics. Dans le cas de fermetures de bibliothèques, cependant, on parle d’épargnes minimes. À Pêches et Océans, par exemple, on les estime à moins de 450 000 $.

Pourquoi se départir de ces richesses pour quelques miettes ? Peut-être pour faire l’économie d’un savoir qui dérange. Pour désarmer les fonctionnaires et les chercheurs et entretenir l’ignorance. Après tout, l’ignorance est le premier rouage de la manipulation et de la propagande.

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