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Publié le 7 Fév, 2012 dans Big Brother

Le flicage déferle sur internet

(Source : Tribune de Genève via SOTT)

Twitter, Google & Co. ouvrent la voie à un web muselé et filtré en fonction des lois de chaque pays. Les militants des droits de l’homme redoutent la fin de la liberté d’expression.

En acceptant de censurer les tweets en fonction des lois en vigueur dans chaque pays, Twitter aurait commis un «suicide social», selon certains analystes. Google a décidé de faire de même avec ses blogs Image: Archive/AFP

Il a vécu le temps où les réseaux sociaux passaient pour les alliés des démocraties naissantes. Salués unanimement pour leur rôle dans le Printemps arabe, Facebook et Twitter ont servi à informer et coordonner les actions des manifestants, alors que les dictateurs en place bloquaient les réseaux de téléphonie mobile.

Mais ces espaces de liberté (et de libération), vivent leurs dernières heures. Twitter a annoncé qu’il pourrait filtrer les messages pays par pays en fonction des législations de chacun. «Au fur et à mesure que nous nous développons à l’international, nous irons dans des pays qui ont des positions variables sur la liberté d’expression», expliquait le site de microblogging. Jusqu’ici, seul les tweets enfreignant le droit américain pouvaient être supprimés.

Liberté d’expression à géométrie variable 

On peut comprendre la volonté de Twitter de faire le ménage et éviter de répandre des appels à la haine ou de messages négationnistes. Mais pour l’ONG Reporters sans frontières (RSF): «Twitter va collaborer avec les censeurs, et finalement les aider à empêcher des informations critiques sur les gouvernements ou des dénonciations de corruption», dénonce Lucie Morillon, responsable du bureau Nouveaux médias.

Des dissidents du monde entier condamnent de même la décision de filtrer les tweets, comme l’Egyptien Mahmoud Salem ou le Chinois Ai Weiwei. «Si Twitter censure, j’arrêterai de twitter», a écrit l’artiste. Et pour le magazine Forbes, le site de microblogging commet tout bonnement «un suicide social».

Twitter se justifie 

Face à cette vague d’indignation, le patron de Twitter, Dick Costolo, tente de rassurer internautes et militants des droits de l’homme. Il souligne sans convaincre l’existence de garde-fous. Et de rappeler que les tweets censurés dans un pays seront toujours visibles à l’international.

Dick Costolo affirme aussi qu’aucun tweet ne sera censuré avant son apparition en ligne. La modération d’un message aura lieu a posteriori, si une autorité compétente le demande. Chaque requête sera évaluée au cas par cas. Quarante-cinq personnes sont occupées à cette tâche chez Twitter pour l’instant.

Où s’arrêteront-ils? C’est toute la question. Pourra-t-on encore parler de Megaupload et de piratage sur le site de microblogging? Le collectif Anonymous, qui communique par ce biais va-t-il se laisser bâillonner? Ces questions restent ouvertes alors que le réseau se ferme.

De la géolocalisation à la géocensure 

Car Twitter n’est pas le seul à pratiquer la géocensure. Skype s’y est mis en Chine, où certaines conversations sont bloquées dans sa messagerie instantanée. Google (GOOG 595.92 1.85%) n’est pas en reste. Il fait migrer les blogs hébergés pas sa plate-forme Blogger.com vers des portails locaux. Anodin? Loin de là! Lier un blog à un pays en le rattachant à une adresse en .fr, .ch, ou .jp, c’est les soumettre à la loi du pays en question.

Google explique noir sur blanc sur sa page d’aide: Nous pourrons ainsi continuer à promouvoir la liberté d’expression et la publication responsable, tout en étant plus flexibles face aux demandes de suppression de contenus en accord avec les législations locales.»

Rappel à l’ordre généralisé 

Le vent de censure qui souffle sur internet depuis quelques semaines ne refroidit pas que les amateurs de téléchargement et de streaming. Il est un rappel à l’ordre généralisé. Le web n’est pas un espace de non-droit, et y enfreindre les lois ne reste pas sans conséquence.

Il est légitime de saluer un retour en force de l’Etat (virtuel) de droit. Mais on aurait tort d’applaudir trop vite Twitter & Co. Leur soumission aux législations locales répond uniquement à une volonté de conquérir de nouveaux marchés et de recruter davantage de membres. Et tant pis s’il faut les bâillonner au passage pour pouvoir leur vendre un peu de publicité.

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