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Publié le 22 Août, 2014 dans Feux célestes

Pourquoi les gouvernements obsédés de la surveillance devraient davantage se préoccuper de la menace des astéroïdes que de nos conversations téléphoniques

(Source : Atlantico)

Au début de cette année, l'ONU a attiré l'attention sur le danger que représentaient les astéroïdes pour la Terre.  Crédit D.R.

Au début de cette année, l’ONU a attiré l’attention sur le danger que représentaient les astéroïdes pour la Terre. Crédit D.R.

Au début de cette année, l’ONU a attiré l’attention sur le danger que représentaient les astéroïdes pour la Terre. Selon la NASA d’ailleurs, plus de 11 000 « Near earth objects » seraient susceptibles de nous menacer à un moment ou à un autre de leurs trajectoires. Pour pallier au problème, l’ONU recommande une meilleure coordination des moyens au niveau mondial, ainsi que des investissements en matière de surveillance.

En février 2013, sans que l’on s’y attende, un météore de 7 000 à 10 000 tonnes s’est désintégré au-dessus de la Sibérie, causant d’importants dégâts et des blessures sur la population à cause de son onde de choc. Un rapport rendu en 2010 par la National Research Council avait rendu un rapport indiquant que le budget alloué à la surveillance des Near Earth Objects (« objets géocroiseurs ») était insuffisant pour anticiper leur survenue dans notre atmosphère. La menace est telle que l’ONU s’est emparé du problème il y a quelques mois.

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Comment expliquer qu’avec les moyens d’observation d’aujourd’hui il soit si compliqué de les voir venir ?

Olivier Sanguy : Effectivement, on peut parler de limite instrumentale. A l’heure actuelle il existe des programmes coordonnés au niveau international de surveillance du ciel, notamment par des télescopes automatiques, dont le but est entre autres de détecter les astéroïdes ou les comètes qui pourraient avoir des trajectoires de collision avec notre planète. Nous n’avons pas de difficulté à voir venir de loin les gros objets. Les menaces de destruction de la civilisation sont visibles dans un laps de temps qui, en théorie, laisse le temps de prendre des mesures de protection. En revanche plus un astéroïde est petit, moins on a de chances de le voir arriver à l’avance. L’astéroïde de Tcheliabinsk, en Sibérie, était assez gros pour causer des dégâts, mais pas assez pour qu’on le voie venir de suffisamment loin pour prendre des mesures. Ajoutons à cela qu’il existe un angle mort dans notre surveillance du ciel, tout ce qui vient dans l’axe du soleil, on ne peut pas le voir.

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Quelle est la proportion d’astéroïdes susceptibles de toucher la Terre ?

La proportion est difficile à déterminer, car l’étude des astéroïdes nous permet régulièrement d’en découvrir de nouveaux. Et plus ils sont petits, plus ils sont nombreux.On estime qu’un impact comme celui de Tougounska en Sibérie en 1908, qui s’était produit dans une zone inhabitée, pourrait détruire une ville comme Paris. Ce type d’impact se produit une fois par siècle environ. L’astéroïde de Tcheliabinsk, bien que plus petit, était peut-être cet événement qu’on attend tous les cent ans. C’est parce que l’on ne peut pas voir arriver ce genre d’objet assez tôt que des rapports demandent à ce que soient augmentés les moyens de surveillance, notamment spatiaux, car ces derniers sont moins soumis à l’angle mort du soleil que l’on au sol. Même un astéroïde comme celui de 1908 serait aujourd’hui difficile à détecter. Ne cédons pas pour autant à la panique, notre surveillance actuelle est tout de même largement supérieure à celle dont nous disposions il y a quelques décennies.

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La NASA dit avoir recensé  11 230 NEOs, dont 820 avec un diamètre de plus d’un kilomètre. A quel point notre planète est-elle exposée à un cataclysme ?

Avec un diamètre d’un kilomètre, on n’est même plus à l’échelle de Tougounska : un pays, voire notre civilisation, peut tout bonnement être rasée. Imaginez qu’un astéroïde tombe à un endroit stratégique : il y aura l’impact direct, puis la région environnante. Si un point du Moyen-Orient est touché par exemple, cela pourrait impliquer une interruption majeure de l’approvisionnement mondial en pétrole. Viennent ensuite les conséquences climatiques : une immense quantité de poussière serait rejetée dans l’atmosphère, ce qui créera ce qu’on appelait autrefois l’hiver nucléaire. Leur avantage, néanmoins, est que ces objets sont gros : on peut dès lors les voir venir de loin, estimer leur point d’impact et envisager des mesures.

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Comment fait-on pour les détecter ?

Les astéroïdes sont comme des petites étoiles qui bougent par rapport aux autres étoiles. On ne peut les voir qu’avec des télescopes automatiques : ceux-ci prennent des photos successives du ciel, et détectent ainsi les « étoiles » qui ont bougé entre deux prises de vue. S’agissant d’objets froids, sombres, qui ne font que renvoyer de la lumière, on utilise aussi des imageries infrarouges. C’est ainsi que la NASA a pu effectuer un recensement des astéroïdes.

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Quelles sont les conditions réunies pour qu’un astéroïde provoque des dommages importants, voire cataclysmiques ?

Il faut simplement que son orbite soit en trajectoire de collision avec la Terre.

On pourrait aussi imaginer qu’un astéroïde de taille importante percute la lune, dont les débris toucheraient notre planète.

Mais quand on parle de trajectoire, on le fait toujours avec une marge d’erreur : ne disposant que d’un petit morceau d’ellipse, on ne peut que déduire la suite de la trajectoire, et au fur et à mesure la marge d’erreur grandit. On dit qu’il y a une chance de collision quand la Terre est comprise dans le volume d’incertitude de la position de l’astéroïde. Mais plus on observe l’astéroïde par la suite, plus on affine son orbite exact. Ce volume d’imprécision se réduite fortement, et même avec l’imprécision restante, l’astéroïde peut passer à côté de la Terre. La prévision est d’autant plus difficile que des événements extérieurs peuvent perturber l’orbite suivie par un astéroïde. Par exemple, s’il passe à proximité de la Terre, l’attraction gravitationnelle de cette dernière influera sur sa trajectoire de telle sorte que plus tard, il pourra revenir nous percuter. Les calculs de trajectoire sont menés par plusieurs spécialistes, de manière indépendante, pour éviter les erreurs.

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De toute façon, est-il possible de faire face à cette menace avec des moyens humains ? Un scénario à la Armageddon est-il totalement farfelu ?

On dispose aujourd’hui d’idées qui restent à appliquer pour se prémunir d’un danger s’il se présentait. En revanche cela ne se fera pas à la manière du film Armageddon avec deux navettes et des spécialistes du forage pétrolier. La puissance nucléaire nécessaire pour faire sauter un tel bloc serait tellement compliquée à obtenir qu’on réfléchit plutôt aux méthodes de déflexion, qui consiste à modifier l’orbite et la trajectoire du corps en question. Aux Etats-Unis, la fondation privée B612 (en référence à la planète du Petit Prince de Saint-Exupéry), qui a deux anciens astronautes à sa tête, réfléchit très sérieusement à ce sujet. On peut se demander comment il est possible de faire bouger un astéroïde d’un kilomètre de diamètre. Mais la mécanique céleste nous aide : plus l’astéroïde est gros, plus on le voit de loin ; ensuite on envoie une mission, habitée ou automatique, pour poser un propulseur alimenté par des panneaux solaires. Même si sa puissance est assez faible, on aura fait tourner suffisamment ce moteur pour faire dévier l’astéroïde de quelques mètres. Et des années plus tard, ces mètres se seront accumulés, de sorte qu’il passera loin de la terre. C’est pour cela qu’il faut augmenter les moyens de détection, afin que le problème soit pris à sa racine.

Un autre scénario a été envisagé par la NASA, au cas où on n’aurait pas vu arriver l’astéroïde suffisamment tôt : faire détonner des armes thermonucléaires à proximité de l’objet, de sorte que l’onde de choc bouscule ce dernier. Cette méthode présente le défaut, relevé d’ailleurs par la fondation B612, de ne pas apporter une correction fine : l’astéroïde sera envoyé sur une autre orbite, mais laquelle ? Qui sait si elle ne représentera pas un danger pour plus tard ?

Ce ne sont pas les deux seules stratégies, on a également envisagé le tracteur gravitationnel : on envoie une sonde massive, que l’on met en avant de l’orbite de l’astéroïde, et par sa simple présence elle va modifier l’orbite de l’astéroïde. Là aussi, il faut le faire très en avance. Mais ce n’est pas tout, on a aussi envisagé de peindre la moitié de l’astéroïde avec un matériau réfléchissant : l’objet a une face tournée vers le soleil qui emmagasine de la chaleur, et qui une fois dans l’ombre irradie cette chaleur accumulée. C’est l’effet Yarkovsky, du nom d’un savant russe. Etant donné que c’est un corps très hétérogène, on peut imaginer qu’un côté emmagasine plus de chaleur que d’autres. Il poussera ainsi plus dans un sens que dans l’autre. Sur des dizaines de milliers d’années, cela peut complètement changer l’orbite. Si on pose un matériau très réfléchissant, on peut espérer que le simple effet Yarkovsky modifie suffisamment l’orbite du corps pour qu’il nous évite. Bien entendu, cela concerne des astéroïdes pris en charge très, très en avance.

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