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Publié le 15 Jan, 2011 dans Feux célestes

Pluie inhabituelle de comètes sur le Soleil

(Source : Ciel des Hommes)

Le Soleil vient d’essuyer une tempête. Non pas de plasma brûlant ou d’explosives éruptions. Mais de comètes glacées.

« Ça a commencé le 13 décembre 2010 pour se terminer le 22 du même mois » précise Karl Battams du Naval Research Lab de Washington DC. « En l’espace de 10 jours, le satellite SOHO a détecté pas moins de 25 comètes plongeant vers le Soleil. C’était dingue ! »

Ces comètes rasant le Soleil ne sont pas une nouveauté. SOHO en observe typiquement une tous les deux ou trois jours, qui viennent se désintégrer tandis que la chaleur du Soleil sublime leurs glaces volatiles. « Mais 25 comètes en 10 jours, ça c’est du jamais vu » insiste Battams.

« Ces comètes mesuraient dans les 10 mètres de diamètre, à peu près la façade d’une petite maison » précise Matthew Knight de l’Observatoire Lowell de Flagstaff, Arizona. « Pour des comètes, c’est plutôt petit. »

SOHO est un excellent chasseur de ce type de comètes. Le coronographe du satellite utilise un disque opaque pour masquer le Soleil dans une sorte d’éclipse artificielle, révélant des objets faiblement brillants dans le voisinage de notre étoile. Chaque jour, de nombreux astronomes en chambre à travers le monde scrutent les images à la recherche de ces comètes. Depuis la mise en orbite de Soho en 1996, plus de 2000 comètes ont été trouvées de cette façon, un record absolu, qu’il s’agisse du nombre de découvertes par des amateurs ou par une mission spatiale.

Battams et Knight pensent que la pluie de comètes de décembre 2010 peut annoncer la venue d’une comète rasante bien plus grosse, éventuellement visible à l’œil nu, et même en plein jour.

« C’est juste une question de temps » affirme Battams. « Nous savons qu’il y en a de belles par là-haut. »

La comète Ikeya-Seki en est un bon exemple. En 1965, elle a surgi de nulle part, s’est mise à plonger vers le Soleil et l’a frôlé à 450 000 km seulement. Comme le noyau d’Ikeya-Seki était volumineux, environ 5 km de diamètre, il a survécu à l’épreuve et est devenu une des plus brillantes comètes de ces derniers milliers d’années. Les Japonais ont pu la voir en plein jour à côté du Soleil levant. Les gens ont regardé fascinés la comète Ikeya-Seki se briser en au moins trois morceaux avant de disparaître au loin dans le système solaire. Des spectacles comparables quoiqu’un peu moins intenses provoqués par des comètes rasantes ont pu être observés en 1843, 1882, 1963 et 1970.

Ces rasantes sont toutes parentes. Les astronomes les appellent « la famille Kreutz », du nom de l’astronome du 19e siècle Heinrich Kreutz qui les a étudiées pour la première fois en supposant qu’elles formaient un groupe. La notion moderne de famille est attribuée à Brian Marsden (1937-2010) du Centre des Planètes Mineures de Harvard. Il a analysé les orbites des comètes de Kreutz et en a déduit qu’elles venaient probablement de l’éclatement d’une comète géante unique au 12e siècle, probablement la grande comète de 1106. Selon les travaux de Marsden, tout ce qui distingue les comètes de la classe d’Ikeya-Seki des rasantes plus petites, c’est la taille, car ce sont toutes des fragments d’une seule comète-mère.

Les chercheurs Zdenek Sekanina et Paul Chodas, du JPL, ont modélisé la fragmentation de la comète-mère, et ont suggéré dans un numéro de 2007 de l’Astrophysical Journal qu’il restait encore un grand nombre de gros fragments à venir. Le compte tenu par Knight de rasantes détectées par SOHO vient à l’appui de cette hypothèse.

« Depuis que SOHO est en service, on a noté une tendance à l’augmentation des rasantes de Kreutz » fait-il remarquer. Un tableau dans la thèse de doctorat de 2008 de Knight montre ainsi clairement que SOHO a détecté 69 comètes rasantes en 1997, contre 200 en 2010. « l’augmentation est si importante qu’elle ne peut pas être entièrement mise sur le compte d’une amélioration des performances de SOHO ou des chasseurs amateurs de comètes. »

La comète Ikeya-Seki de 1965 fut-elle précédée par une avant-garde similaire à celle de décembre 2010 ? On serait bien en peine de le dire. « Nous n’avons pas observé de grosse comète de Kreutz depuis la mise en service des premiers coronographes spatiaux » rappelle Knight. « SOHO n’existait même pas en rêve en 1965, si bien qu’on ne disposait d’aucun outil pour compter les éventuelles petites comètes qui auraient pu plonger vers le Soleil juste avant Ikeya-Seki. Peut-être y en a-t-il eu 200 par an, peut-être 1000. Sans cette information, difficile de dire avec certitude à quelle échéance nous aurons peut-être le privilège de voie réapparaître un de ces monstres. »

Aussi Karl Battams ne nous donne qu’un seul conseil : « surveillez de près les images SOHO. »

 

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